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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 05:18

 

 

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dimanche 25 novembre 2012



Par Jean-Luc Porquet


Ils ne l’ont pas fait exprès, mais c’est tout comme : deux jours après la manif contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, ce lundi 19 novembre, le très chic hôtel quatre étoiles Radisson Blu, installé dans les murs de l’ancien palais de justice de Nantes, a ouvert ses portes. La chambre standard y coûte 195 euros la nuit, et la suite 345 euros.


L’intéressant, avec cet hôtel de luxe tout nouveau tout beau, c’est qu’il est parfaitement de gauche, puisque les murs appartiennent au Conseil Général (de gauche), lequel en a concédé l’usage à une filiale d’Axa pour, excusez du peu, les quatre-vingts années à venir. Tous les hommes politiques du coin, Ayrault le premier, vous le diront : la ville de Nantes avait grand besoin de cet hôtel chic. Tout comme elle a grand besoin du nouvel aéroport. Les deux projets obéissent à la même logique.


Tous les arguments mis en avant pour défendre le projet de Notre-Dame-des-Landes sont en effet bidons. L’actuel aéroport n’a qu’une seule piste et serait bientôt saturé ? Bidon, celui de Genève aussi n’a qu’une seule piste. Il faut soulager les habitants de Nantes de bruit des avions qui la survolent parfois aujourd’hui ? Bidon, le périphérique fait bien plus de bruit. Il faut récupérer les terrains de l’actuel aéroport pour étendre Nantes ? Bidon, puisqu’il continuera de fonctionner, étant situé juste à côté de l’usine d’Airbus, qui reçoit ses pièces détachées par avion et n’a pas la moindre intention de déménager.


La vraie raison, expliquée par les promoteurs du nouvel aéroport, est celle-ci : « Les territoires sont entrés dans une logique de compétition pour attirer les investissements ainsi que les événements porteurs d’image et de retombées économiques tels que les congrès, salons ou événements culturels majeurs ». Comme toutes les villes, Nantes n’est plus une ville, mais une entreprise. Elle doit donc être com-pé-ti-ti-ve. Décrypté par le sociologue Jean-Pierre Garnier, cela donne : « Qui doit-elle attirer ? Toujours les mêmes : les investisseurs d’une part, et la matière grise de l’autre. Autrement dit : les banquiers, les patrons de firme, les managers, les promoteurs, les cadres, les techniciens de rang supérieur. Il s’agit de dérouler le tapis rouge ou vert – développement urbain durable oblige – devant les exploiteurs et la petite bourgeoisie intellectuelle, grosse consommatrice d’événements culturels ».


Il leur faut donc « l’aéroport du Grand Ouest » : un aéroport chic, flambant neuf, évidemment « vert », une vitrine internationale, et pas un minable aéroport provincial, comme la région en fourmille (à Saint-Nazaire, La Rochelle, Angers, Rennes, Laval, Lorient). D’un coup d’avion, faire Nantes-Berlin pour voir une expo, attirer l’élite londonienne pour le nouveau spectacle de Royal de Luxe, remplir les salles de congrès internationaux et le Radisson Blu. Tout ça n’a absolument rien de socialiste ? Ne tient aucun compte de la crise énergétique, climatique, écologique ? Oui, mais c’est bon pour la croissance…


Paysans de Notre-Dame-des-Landes expropriés, n’ayez pas peur pour l’avenir de vos enfants : à Nantes, de beaux emplois de loufiats les attendent !

 


Le Canard Enchaîné N° 4804 du 21 novembre 2012

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