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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 15:18

 

 

Par olivier cabanel (son site) 
jeudi 25 août 2016

Le défi paysan du 21ème siècle

Au-delà du tableau fatalement noir que nous imaginons pour ce siècle qui vient de commencer, la sociologue Silvia Pérez-Vitoria a démontré dans plusieurs ouvrages qu’un autre monde était possible, mais qu’il fallait pour cela prendre vite les bonnes décisions.

 

Dans son livre, « les paysans sont de retour  », (acte sud/ 2005), puis plus tard de son « manifeste pour un 21ème siècle paysan  », (acte sud, 2015) elle déclinait déjà en 5 chapitres, la problématique du monde paysan, constatant qu’aujourd’hui encore, pris dans le piège de l’agriculture industrielle, il arrive que le « gros exploitant » ne se nourrisse même plus de sa propre production.

 

Son ouvrage à reçu en 2008 le prix « Farmer’s Friend », et en 2009 le prix « Nonino ».

 

Alors qu’aujourd’hui, aucun état, aucune politique publique ne donne la priorité aux agricultures paysannes, aucun d’eux n’imagine redonner toute leur place aux paysans, ce qui contribuerait à la création d’emplois...mais depuis quelques temps, des collectifs sont mobilisés pour que la page de cette paysannerie méprisée soit enfin tournée.

 

Ce sont ces nouveaux enjeux écologiques et culturels que défend, entre autres, Silvia Pérez-Vitoria, évoquant d’indispensables changements sociaux et politique, lesquels seraient la meilleure nouvelle pour notre santé, et pour notre porte-monnaie. lien

 

Le paysan s’est trouvé progressivement piégé dans une logique d’agriculture industrielle, et en même temps, son savoir et sa culture ont étés dévalorisés... affublés qu’ils ont été de qualificatifs peu glorieux... « Plouc », « cul-terreux », et le sens même du mot « paysan » a été rendu péjoratif.

 

Ils sont passés progressivement de paysans à agriculteurs, puis à exploitants agricoles, et sont devenus les « jouets du marché », obligés d’importer des engrais, des machines, se sont endettés, perdant leurs connaissances au profit de connaissances d’experts, et finalement se retrouvant sans aucune forme d’autonomie, et les paysans qui avaient une fonction nourricière vont devenir de simples marchands, tout ça étant la conséquence de l’industrialisation de l’agriculture.

Le défi paysan du 21ème siècle

Et puis le vent a tourné, et de nouveaux paysans sont arrivés, avec comme priorité la volonté de ne pas devenir des exploitants agricoles, se donnant la fonction simplement nourricière.

 

« Via campesina », qui regroupe  200 millions de membres dans le monde, a été le premier signe de ce retournement de tendance...et s’il y a eu dans les années 60 la volonté de quelques uns de se regrouper en communautés, avec un objectif autarcique, avec plus ou moins de succès, on constate aujourd’hui l’émergence de nouveaux paysans, quittant les villes et leur logique, décidés à mettre en place des réseaux de distributions parallèles, même si l’accès à la terre continue d’être un véritable obstacle.

 

Silvia Pérez-Vitoria évoque les 150 ans d’agriculture industrielle comme une malheureuse parenthèse, agriculture qui a échoué dans sa volonté de nourrir la planète, et a seulement réussi à rendre des terres stériles, en produisant des légumes, et des fruits, sans gout, et parfois dangereux.

 

Il s’agit donc d’arrêter d’utiliser les pesticides, les engrais chimiques, polluants comme on le sait, d’autant plus qu’on sait s’en passer.

 

Il ne s’agit donc plus pour la sociologue d’un « retour en arrière », mais bien au contraire d’une avancée primordiale qui s’appuie sur les nouvelles connaissances en la matière, notamment la permaculture, qui permet de cultiver sans arrosage, et une production de meilleure qualité, favorisant la diversité semencière, au moment ou la FAO reconnait la disparition des ¾ de celle-ci, renouant avec les variétés anciennes,

 

Prenant comme exemple le pain, produit bien français, elle rappelle que nous sommes passés du pain traditionnel à un pain industriel, pain sans gout, que l’on trouve aujourd’hui encore fabriqué dans l’enceinte des grandes surfaces, même s’il continue d’exister de bons boulangers dans nos villes, portés par la volonté de proposer un produit de qualité.

 

Il existe donc aujourd’hui des « paysans boulangers », utilisant des variétés de blés qui avaient disparu, semences en partie régionales, travaillant la farine avec des meules de pierre, ce qui permet de garder au blé toutes ses propriétés nutritives, pétrissant, cuisant et vendant eux même ce pain, ce qui permet de proposer aux consommateurs un pain de qualité, à peine plus cher que le pain industriel.

 

S’il y a une différence de prix, il faut aussi tenir compte des conséquences pour la santé des consommateurs.

 

Il faut aussi savoir que ce prix plus bas du pain industriel est la conséquence des larges subventions dont profitent les gros producteurs céréaliers, subventions que nous payons indirectement par nos impôts et nos taxes, et les effets sur la santé, nous les payons aussi.

 

Quant aux fruits et légumes, cultivés quasi industriellement, s’il est vrai que s’ils sont rarement subventionnés, les dégâts à l’environnement sont évidents, tout comme ceux à notre santé.

Le défi paysan du 21ème siècle

Ils font souvent le tour de la planète, sont abondamment traités, provoquant ainsi une surconsommation de pétrole, alors que les fruits et légumes proposés par les nouveaux paysans ne sont que « de saison », ne voyagent quasiment pas, consommés le plus souvent sur place, et n’ont donc qu’une faible empreinte écologique.

 

On sait comment sont cultivés les fraises d’Espagne, dans des conditions sociales abominables, pour finalement proposés tout au long de l’année, mais qui sont la plupart du temps sans saveur, et dont les traitements chimiques ne sont pas sans conséquences pour notre santé.

 

Finalement l’idée que « le bio c’est pour les riches » a fait long feu, car on trouve aujourd’hui des produits de qualité, cultivés sur place, et dont le circuit court permet la vente à un prix quasi équivalent à celui des produits industriels.

 

Le projet de Silvia Perez Vitoria s’est déjà concrétisé à plusieurs points de la planète, et les « via campesina » nés en 1993, ont fait des petits. lien

 

En France, lancées au début des années 2000, sur une idée née aux USA en 1985, voire auJapon, en 1965, suite au drame de Minamata, avec les premiers Teikei, les AMAP(Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne), dans le prolongement des « jardins de cocagne  »(lien), connaissent un développement exponentiel et contre une somme modeste, le consommateur peut faire le plein de fruits et de légumes une fois par semaine.

 

Il s’agit là aussi de défendre une agriculture de proximité et de qualité, ce qui leur permet de garantir les 3 axes principaux de leur préoccupation : écologiquement sain, socialement équitable et économiquement viable. lien

 

Sur ce lien, toutes les informations pour ceux qui seraient tentés de lancer une nouvelleAMAP.

De Totness, à Feldheim, en passant par de nombreux lieux dans le monde, les circuits courts font des émules...la permaculture séduit de plus en plus de paysans, surtout lorsque la sécheresse menace, et le champ des variétés semencières s’élargit au fur et à mesure du temps qui passe, au grand dam des lobbys qui tentaient d’imposer leur loi.

 

Le mot de la fin revient à Silvia Perez-Vitoria : « dans nos sociétés, il y a peu de métiers qui permettent aux individus de maîtriser les processus de production et de commercialisation comme peuvent le faire les paysans. Pour peu qu’on leur en donne les moyens. Or au lieu de les libérer, le développement scientifique et technologique a fini par tuer les paysans, la terre et l’aliment. En luttant collectivement contre cette hégémonie, nous nous libérerons également de ces contradictions qui pourraient, un jour, voir l’humanité devoir choisir entre agriculture et industrie. Entre le besoin de manger...ou de posséder un smartphone ».

 

Comme dit mon vieil ami africain : « celui que vous empêcherez de rêver vous empêchera de dormir ». 

 

L’image illustrant l’article vient de paysansdavenir.com

Merci aux internautes pour leur aide précieuse

 

Olivier Cabanel

 

 

Source : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-defi-paysan-du-21eme-siecle-183984

 

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