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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 13:39

 

Par Grégoire Pinson

 

Publié le 13-10-2015 à 17h23

 

La ligne à grande vitesse (LGV) Tours Bordeaux sera-t-elle en faillite avant même d’avoir démarrée, en 2017? Lisea, la filiale de Vinci qui doit exploiter ce tronçon, agite la menace.

TGV (c) AFP

TGV (c) AFP

« Scénario catastrophe », « cercle vicieux », « cessation de paiement »: l’exploitant de la future ligne à grande vitesse (LGV) Tours Bordeaux, qui doit relier Paris à la capitale d’Aquitaine en 2h05 à partir de 2017, ne ménage pas ses termes, dans une lettre adressée le 8 octobre au gouvernement, et dont Challenges a eu connaissance. Laurent Cavrois, président du consortium Lisea chargé de l’exploitation de la LGV, assure que « sans intervention de l’Etat, la société Lisea sera très prochainement en situation de défaut vis-à-vis de ses prêteurs ». La raison? Les banques, avec lesquelles cette filiale du groupe de BTP Vinci est en pleines discussions, s’inquiètent d’un possible déraillement financier de la LGV. « Il est à craindre qu’elles refusent tout nouveau tirage sur la dette, pourtant nécessaire dès la fin du mois d’octobre pour assurer le paiement à bonne date du constructeur » de la ligne, explique Cavrois.

 

Déséquilibre financier

A l’origine de cette situation, un engagement « insuffisant » de la SNCF, fait-il valoir. Il avait déjà soulevé le problème début octobre dans un courrier adressé à Manuel Valls en personne. Le trafic proposé par la compagnie ferroviaire sur la future ligne, et donc les montants des péages qu’elle acquittera auprès de Lisea, ne permettraient pas de couvrir les frais de fonctionnement, martèle-t-il à nouveau. Et les dernières avancées de la SNCF ne changent rien à l’affaire : Guillaume Pepy, patron de la SNCF, vient ces dernières heures de faire un geste en portant de 13 à 15 les allers-retours prévus entre Paris et Bordeaux. Mais le compte n’y est toujours pas, selon Cavrois. « Cette avancée ne réduirait la perte annuelle de Lisea que de 10 à 20 millions d’euros » sur les 40 millions de pertes annuelles envisagés. Le président de Lisea souligne qu’en l’état actuel des négociations, le business plan n’assure même pas « ne serait-ce que le « petit équilibre », c’est-à-dire la couverture par ses recettes de ses charges fixes d’exploitation et des intérêts sur sa dette (sans même songer au remboursement du principal de sa dette, et encore moins à la rémunération de ses actionnaires). »

 

La SNCF dénonce un chantage

Pour générer les 250 millions d’euros annuels nécessaires à la couverture des frais, Lisea demande à l’Etat de faire pression sur la SNCF afin qu’elle porte son trafic à 19 aller-retour quotidiens Paris-Bordeaux. Faute d’obtenir pleine satisfaction sur ce point, la LGV Paris-Bordeaux sera-t-elle en faillite avant d’avoir transporté le moindre voyageur ? « A la SNCF, on considère qu’il s’agit d’un pur chantage, pointe un connaisseur du dossier proche du transporteur ferroviaire. Pourquoi serait-ce à la compagnie de prendre à sa charge les conséquences d’un contrat mal ficelé à l’origine avec des risques de trafic qui reviennent normalement au concessionnaire ? ». Depuis le départ, l’opérateur rechigne à augmenter le nombre de trains arguant que les péages sont 2,5 fois plus élevés que sur la ligne Paris-Lyon (où la SNCF opère 22 allers-retours en TGV) pour des bassins d’emplois 2 fois moindre. L’opérateur qui ne veut pas faire rouler de trains à vide, invoque déjà une perte récurrente de 165 millions d’euros avec les liaisons proposées. « Même si dans les deux camps, tout le monde ment un peu sur les chiffres », pointe notre observateur.

 

Tactique de négociation

Les membres du consortium Lisea (Vinci, la Caisse des dépôts, Meridiam et Ardian) savent en tout cas que le moment est tactiquement bien choisi pour agiter ce risque de faillite. Lorsqu’ils auront définitivement terminé les travaux d’aménagement de la LGV, d’ici quelques mois, et que la ligne pourra être exploitée (y compris par d’autres…), leur capacité de négociation sera singulièrement affaiblie.

 

(avec Pauline Damour)

 

Source : http://www.challenges.fr/entreprise/20151013.CHA0450/vinci-evoque-un-scenario-catastrophe-pour-la-lgv-tours-bordeaux.html

 

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