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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 17:26

 

 

 

Le Conseil départemental va investir 36 millions d’euros sur cinq ans pour “rénover et repenser” le site de La Rhune. Un projet bienvenu concernant certains points noirs identifiés mais des dents grincent…

Aña ETCHEVERRY|mediabask

Projet de rénovation de La Rhune : comme un air de parc d’attractions

En conférence de presse, on ne cache pas que “le site génère un excédent financier qui vient colmater les déficits des stations de ski” béarnaises…

“Vanter l'accès handicapé sur un tel projet est un alibi pour convaincre l'opinion publique avec des arguments humains”

Ambitieux. “Ambitieux et qualitatif”. C'est dans la redondance de ces termes que Jean-Jacques Lasserre et son équipe du Conseil département dépeignent le projet de rénovation du site touristique de La Rhune. Des qualificatifs certes plus convaincants qu'onéreux et lucratif. Voilà une quinzaine de jours que le projet de 36 millions d'euros sur cinq ans a été présenté à la presse et aux salariés. Mais au vu de celui-ci, certains sceptiques de nature ont commencé à émettre des doutes sur le bien-fondé de son ampleur. De parodie en critiques plus virulentes, de commentaires sur les réseaux sociaux en communiqués de presse, l'esquisse d'un dossier polémique tisse déjà une épaisse toile de réactions. Mais qu'en est-il vraiment ?

Comme dans un rêve de l'impératrice Eugénie, une vidéo de 2’40 survole sommet, antennes, pottok et files d'attente. A l’affiche ? “Dame La Rhune”, comme on l'appelle du côté d'Ascain. La Rhune, couverte parfois, revendicative toujours, anti-LGV pour l'occasion, foulée par les marcheurs et les coureurs, synonyme de foule pour les touristes, baromètre, celle que les Labourdins regardent tel le totem de leur aspiration est aussi, avec son petit train bientôt centenaire, le site touristique le plus fréquenté du département des Pyrénées-Atlantiques avec 364 033 visiteurs très exactement par an.

En donnant tous les détails du projet, le président Jean-Jacques Lasserre évoque “un des plus beaux projets porté par le Département ” . Mieux, en tant que propriétaire des lieux, l’institution avait placé le site “au premier rang de ses préoccupations”, poursuit-il. Et insiste sur le fait que “ce n'est pas la performance qui est recherchée ici…”

Même discours du côté de Vincent Bru, le président de l'Epsa (Etablissement public de station d'altitude) gestionnaire du site depuis 2012, alors en campagne pour les élections législatives : “Je suis fier de porter ce projet, pivot du développement touristique, liant la culture, la mythologie, les produits du terroir et booste le Pays Basque intérieur (sic)”.

Alors que certains journalistes manquent de s'étrangler avec leur stylo quant à l'approximation géographique de l'“intérieur”, Vincent Bru enchaîne : “Pas de toilettes publiques, manque de proposition touristique, une route départementale dangereuse, l’accueil handicapé, les conditions de travail des salariés” sont les points noirs du site. Et il a raison.

Mais les gares façon bunkers de ciment sales, toilettes privées des benta payantes, un accès impossible aux fauteuils roulants (et aux poussettes), le prix de l’ascension (18,5 euros par personne, 5 euros le chien) n’arrêtent pas les personnes qui, une fois en haut, voient leur bec cloués par le panorama. Preuve en est : en 2016 le site a connu “une augmentation sans précédent, sans aucun marketing et avec une offre pauvre”, nous assène-t-on.

Alors, l'affluence sera-t-elle au rendez-vous ? Le Département poursuit son inlassable exposé. Les projections du business plan ont “pris en compte plusieurs cas de figure, dont une projection pessimiste avec une chute de fréquentation due par exemple à un attentat, et une projection optimiste avec une croissance exponentielle”, précise Monsieur Thomas Zellner, ingénieur du comité de pilotage. “Nous avons retenu l'hypothèse linéaire soit une croissance de fréquentation qui suit la tendance actuelle d'augmentation. Ce même esprit linéaire sera appliqué à l'augmentation du prix de vente du billet. La politique tarifaire ne changera pas ainsi à l'aboutissement du projet, le billet devrait être à 22-23 euros.”

Si certains veulent chercher des mines d'or dans la vallée voisine, d’autres en ont déjà trouvé une et entendent bien l'exploiter. En conférence de presse, on ne cache pas que “le site génère un excédent financier qui vient colmater les déficits des stations de ski” béarnaises…

 

La Rhune au pinacle

Les trois grands axes du chantier présentés par Monsieur Zellner sont la gare de Saint-Ignace, le trajet et l'accueil au sommet.

Pour le premier : la déviation de la départementale, les différentes solutions de parking (pas de négociations entamées avec les propriétaires à ce jour) avec navettes depuis Ascain, la création d'un arboretum avec brumisateurs, mise en lumière, sols et mobilier “pour rendre le temps d'attente du train en temps de visite” (5,1 millions d’euros) mais aussi de consommation avec des boutiques, un restaurant ou un café. Pour la voie et le matériel roulant (20,6 millions d’euros) : rénovation de la voie et des quatre trains existants, ajout de deux trains matériaux et esthétisme à l'identique “hybrides, à la fois électriques et diesel”, nécessaires pour la résolution des problèmes de sécurité et d'évacuation en cas de panne. Pour le sommet (9 millions d’euros) : viabilisation en eau potable, eaux usées et fibre optique et clou du spectacle, le belvédère avec passerelle suspendue “pour contourner la zone des antennes” qui pollue le panorama.

C'est un projet drôlement ficelé qui a été présenté à la presse et au public, mais sans aucune autorisation et sans aucun financement pour l’instant. “C'est un projet très compliqué qui n'a été présenté aux services de l'Etat que fin mai”, souligne l'ingénieur. Un projet approuvé par Jean-Pierre Mirande du comité directeur de la montagne basque : “C'est une juste mise en valeur du site qui résoudra aussi les problèmes de zone blanche et joue le jeu de la transversalité avec la Navarre”.

La Communauté autonome de Navarre et la mairie de Bera n'avaient pas encore été informés du projet lors de la présentation publique du 6 Juin.

 

Des employés convaincus

Si la venue du sosie de Jack Sparrow en soirée avril dernier avait fait grincer quelques dents chez les mendizale et laissé dubitatif quant aux choix des orientations culturelles du site, le budget animation affiché ici est relativement généreux avec un arboretum et la réalité augmentée au rendez-vous (lire l’interview ci-contre). Un programme d'animations qui, d'après les deux jeunes femmes du service communication-animation croisées au hasard d'une distribution de tracts, devrait traiter plus “de pottok, de la faune et de la flore, du patrimoine et de la géologie” que du film Pirates des Caraïbes. Cela rassure. De même, les employées voient d'un regard “plutôt positif le projet” et s'avouent “satisfaites de l'esthétisme des wagons comme du fait d'avoir enfin eu le projet sous les yeux car on entendait tout et son contraire par la presse ou autres”. De fait, elle assurent “la nécessité de faire quelque chose : c'était une honte de recevoir des clients comme ça : toilettes, escaliers, gares... Le projet tel que l'on nous l'a présenté nous semble bien”.

Thierry Lopez, délégué syndical Lab au Petit train confirme les dires de ses collègues. “Nous sommes satisfaits du projet présenté à 90 %. Il fallait vraiment faire quelque chose. Il règle les problèmes de l'accueil des clients, des conditions de travail et on ne devrait pas pouvoir accueillir beaucoup plus de visiteurs, juste 40 000 sur l'année”, ce qui porterait l’affluence totale à 400 000 visiteurs par an. Ce sont effectivement les chiffres projetés du projet présenté. Un bémol ? Oui. “Nous avons quelques zones d'ombre à éclaircir par rapport au projet et des questions en suspens concernant notamment l'embauche à l'année outre l'embauche de saisonnier. On nous affirme que oui. Si oui, quelle en sera la teneur ? Ces embauches seront-elles locales ou les RH iront-elles puiser dans les effectifs des employés de l'Epsa. Entre les stations de ski de Gourette et de La Pierre-Saint-Martin, il faut savoir que nous sommes deux cents”. Mais encore ? “Nous avons aussi des questionnements quant à la conduite des trains. Nous étions quatre jusqu'en 2015, trois depuis deux ans. Est-ce que les nouveaux trains ne nécessiteront qu'un seul conducteur avec télécommande comme ailleurs ?” Et quid de l'environnement ? “Les nouveaux trains seront des machines qui récupèrent l'huile, pour le reste je ne sais pas”, répond le délégué syndical.

 

“Un projet commercial”

Rafa Valdivielso lui sait. Le coordinateur et représentant du Collectif inter-associatif Larrun Patrimoine Commun le sait parfaitement. Le collectif – qui regroupe une vingtaine d'associations dont le Cade, Iparraldeko Mendizaleak, Ideki Azkaine, Lauburu –, de toutes les luttes de défense du massif depuis 1996 (et officieusement depuis 1978), siège à Natura 2000. Son regard aiguisé de défenseur de l'environnement se pose sur le projet. “Je vois déjà beaucoup de choses qui ne vont pas. Ils veulent augmenter l'emprise du train sur le massif, l'offre panoramique : tout cela est en lien avec les cadences et la capacité de remplissage des wagons. Ce qu'ils vont faire est clairement un projet commercial.”

Pour Rafa Valdivielso le fait que l'on soit sur un site Natura 2000 n'est pas un garde-fou contre les abus. Les piliers du belvédère semblent poser un réel problème pour le défenseur du massif qui montre du doigt certaines contradictions. “Les gens montent pour le panorama, pourquoi leur mettre de la réalité virtuelle ?” Le confort, la sécurité et l'accessibilité a un risque : “Celui que le sommet devienne un sommet sans repos car, en toute saison, il y aura du monde. S’ils veulent faire des concerts, qu'ils les fassent en bas, que les animaux reprennent leur territoire le soir et la nuit”. Selon lui, on joue la carte de la démagogie : “Vanter l'accès handicapé sur un tel projet est un alibi pour convaincre l'opinion publique avec des arguments humains”. Il y aurait eu moyen de le rendre accessible avant et sans ce projet.

Concernant les wagons recyclés – pour suivre “le vent en poupe de l'hôtellerie insolite genre cabane dans les arbres”, apparaissant sur les plans, “une simple vue de l'esprit, un projet dans le projet”, selon l'ingénieur Zellner – , il est clair que “l'on montera au créneau, on avait déjà fait enlever un simple mini-golf dont les structures étaient préjudiciables pour les animaux alors on ne les laissera pas faire”.

 

Réunion au sommet

Et de souligner la façon de faire justement : “On pose d'abord et on discute après. Il serait bienvenu de voir une contre-proposition, ce serait en tout cas dommage qu'il n'y en ait pas. Ils seront aussi obligés de faire une enquête d'utilité publique”. Une première réunion a eu lieu mardi entre le collectif Larrun Patrimoine commun et la commission Montagne du Cade pour étudier “cet important dossier d'urgence prioritaire pour nous”.

Le destin d'un territoire se joue parfois à quelques syllabes près. De site d'attractivité à site d'attraction, la mise en valeur du premier en prenant soin d'éviter les écueils du second ne s'annonce pas chose aisée. Sur La Rhune, il reste donc des autorisations à obtenir, des financements à trouver, des voisins navarrais à impliquer et des associations et une opinion publique à convaincre. Pourquoi une présentation prématurée ? Peut-être justement pour désamorcer une opinion publique sceptique ?

Confucius conclura en rappelant que “le bonheur n'est pas au sommet de la montagne mais dans l'art de la gravir”.

 

Près de 365 000 visiteurs en 2016

La Rhune culmine a 905 m d’altitude. Ce n’est pas le plus haut sommet du Pays Basque, mais ses pentes sont réputées pour leur dénivelé, en particulier au départ et à l'arrivée. Son principal attrait est le point de vue qu’elle offre sur toute la côte basque, d'Hendaye au sud des Landes. Mais ce qui fait aussi sa notoriété depuis 1924, par-delà les frontières du Pays Basque Nord, c’est le train à crémaillère qui, depuis 93 ans, transporte les voyageurs au sommet en une demi-heure environ. C’est ainsi que le sommet est devenu le site touristique le plus visité des Pyrénées-Atlantiques : 364 033 visiteurs ont ainsi utilisé le petit train de La Rhune en 2016, loin devant le Musée de la mer à Biarritz (286 000) et la Cave de Jurançon (270 000).

Le projet, qui vise à rénover et repenser le site, s’intitule “La Rhune 2020”. Après avoir été présenté à l'Etat, la Région, la Communauté d’agglomération Pays Basque et aux trois communes de Sare, Ascain et Urrugne, il devrait bientôt l’être à tous les partenaires et les acteurs concernés (le Gouvernement de Navarre, la commune de Bera de Bidassoa, etc.).

 

 

 

 

Source : http://mediabask.naiz.eus/fr/info_mbsk/20170626/projet-de-renovation-de-la-rhune-comme-un-air-de-parc-dattraction

 

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