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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 20:31

 

 

Pénélope Vincent Sweet

DECHETS / RECYCLAGE - Actu-Environnement.com - 21/04/2010
 

Le compost français n'offre pas de garanties d'innocuité et protège mal les sols et l'environnement. En cause : une norme de compost bien trop laxiste, ainsi qu'une absence de tri des biodéchets à la source. Les choses pourraient changer grâce à l'Union européenne selon Pénélope Vincent-Sweet, pilote du réseau Déchets à France nature environnement, qui plaide pour une collecte sélective des biodéchets.

 

Pourquoi estimez-vous que le compost français est de mauvaise qualité ?

En France, nous partons du principe qu'il faut mettre l'accent non pas sur les ingrédients du compost, mais sur le compost lui-même. Cette conception est due à l'usage du tri-compostage, souvent confondu avec le traitement mécano-biologique (TMB), dans le traitement des déchets. L'essentiel du flux sortant du TMB part en décharge, tandis que le ''compost'' sortant du tri-compostage, réalisé sans avoir séparé les biodéchets des autres ordures à la source, est destiné à amender les terres, généralement agricoles.

Dans nos poubelles, neuf fois sur dix, nous jetons des choses banales. Mais beaucoup d'entre nous ne font pas la démarche d'amener par exemple leur petit fond de peinture en déchèterie. Traités en TMB, ces déchets toxiques vont détériorer la qualité du compost. Certains déchets n'ont pas de filière adaptée. Les cendres de cheminée de chaudière à fuel, par exemple, qui se retrouveront donc en centres de compostage.

 

Que change le fait d'avoir un compost de bonne qualité ?


Retourner nos déchets organiques au sol (après compostage ou méthanisation) est important pour ''boucler la boucle'', à condition qu'ils ne soient pas contaminés. Dans les déchets ménagers se trouvent des métaux lourds, des polluants organiques persistants (POP) et des impuretés visuelles telles que les plastiques qui s'accumulent ensuite dans les sols. Les sols, ressource non-renouvelable, doivent être protégés d'une telle pollution irréversible.


Au-delà d'une certaine quantité appliquée sur les sols, ces polluants risquent de s'accumuler. C'est pourquoi les pays appliquent des valeurs limites pour les métaux lourds dans les composts. Pour le cadmium, par exemple, les valeurs limites sont entre 0,7 et 1,5 milligrammes par kilo de matière sèche dans la plupart des pays. Dans les composts de biodéchets en Europe, on en trouve 0,5 mg/kg en moyenne. Or la norme de compost de la France (NF U 44-051), devenue obligatoire en mars 2009, est à la traîne. Elle limite les teneurs en cadmium à 3 mg/kg. Selon une étude de la Commission européenne, l'utilisation d'un compost proche de cette limite engendrerait une accumulation atteignant des niveaux de cadmium inquiétants en 50 ans. Pour le cuivre et le mercure, cette période est de 25 ans seulement.


Enfin, la norme française autorise jusqu'à 2% de verre et métaux et 1,1% de plastiques. Dans un mètre cube de compost, cela revient à autoriser jusqu'à 5 kg de verre/métaux et 2,7 kg de plastiques. La norme NF U 44-051 sur le compost est donc loin de protéger les sols et la santé.


Elle est pourtant réputée être l'une des plus strictes d'Europe…


Un certain nombre de substances sont limitées par toutes les normes de compost des pays membres de l'Union européenne : cuivre, zinc, mercure, plomb, chrome et cadmium par exemple. Dans la norme française, l'arsenic et trois POP, ainsi que des normes d'hygiène (escherichia coli, œufs de parasite...) sont aussi pris en compte. C'est pour cela que certains gens du milieu disent que la France a la meilleure norme. Mais mesurer quelques paramètres de plus ne garantit en rien la bonne qualité du compost.


Pourquoi donc ?


D'abord car seuls quelques POP sont analysés, sur des centaines potentiellement dangereux. Mieux vaut les écarter des ingrédients du compost à la source. Ensuite parce qu'échantillonner du compost est quelque chose de très délicat. Le compost n'est pas un mélange homogène tel que l'eau d'une station d'épuration. L'analyse de quelques mètres cubes d'un compost n'est pas révélatrice du mélange complet. S'il y a une pollution ponctuelle, elle peut passer inaperçue. Voilà pourquoi il vaut mieux faire attention aux ingrédients.


Quand on fait du compost d'épluchures, de restes d'aliments et de biodéchets, il y a peu de chances d'avoir des polluants. Les Pays-Bas viennent par exemple de réduire la fréquence de vérification de leur compost, car il est de très bonne qualité.


A l'inverse, la France impose des tests coûteux à tous les composts indépendamment de leur origine. Cela peut même aller jusqu'aux composts en pied d'immeuble. En Vendée, plusieurs compostages villageois sur des déchets organiques triés à la source sont en développement. Il y a quelques semaines, le syndicat départemental de traitement des déchets a réclamé des vérifications de conformité avec la norme NF U 44-051. Ce n'est pas du tout approprié au petit compostage de quartier, d'autant que la batterie de tests coûte entre 1.200 et 1.500 euros à chaque fois. Exiger ces tests pour 5 ou 50 tonnes annuelles de compost présentant un risque de pollution négligeable semble disproportionné.


Dans l'Union européenne, parmi les pays avec une norme, trois pays font pire que la France : Grèce, Pologne et Lettonie. Les ''grands'' pays qui produisent les deux-tiers du compost européen exigent une bien meilleure qualité de compost pour leur agriculture : Autriche, Belgique, Allemagne, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Suède et Royaume-Uni.


L'adoption d'une directive européenne sur les biodéchets peut-elle changer la donne ?


Une proposition de directive ''biodéchets'' a échoué en 2000-2001. Les valeurs seuils proposés à l'époque pour limiter les substances dans le compost européen sont bien plus sévères que celles de la norme française actuellement en vigueur.


La Commission a réamorcé le processus en lançant un livre vert et une consultation sur les biodéchets en décembre 2008. Le 28 avril prochain ce thématique sera discuté en commission Environnement du Parlement européen. Il est vraisemblable que des propositions législatives en sortent, prenant en compte non seulement des valeurs seuils pour les métaux, mais aussi des exigences pour les déchets qui entrent dans la fabrication du compost.

Notre norme risque alors d'être complètement dépassée. Enfin, la directive-cadre sur les déchets pousse au tri sélectif des biodéchets et stipule l'obligation de protéger l'environnement en faisant du tri à la source.

Propos recueillis par Victor Roux-Goeken

 

 

 

Source http://www.actu-environnement.com/ae/news/norme-dechets-francais-retard-biodechets_10084.php4#xtor=EPR-1

 

 


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