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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 06:55

 

 

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L'opinion - Tribune Libre


Réponse à Alain Rousset


22/07/2011

 

Nivelle Bidassoa et le Cade répondent au communiqué de presse du président Rousset paru dans le Sud Ouest du 8 juillet en réponse à l’interview de Michèle Alliot-Marie parue dans le même quotidien :


1. Sur les gains de temps attendus : 

- Entre Bayonne et Saint-Sébastien :

M. Rousset ignore complètement que les écartements de rails sur le réseau ibérique et français sont différents. Dès qu’une liaison compatible supprimant les ruptures de charges à la frontière existera à Irun, les temps de parcours seront considérablement diminués surtout au sud de Hendaye où la ligne actuelle est très peu performante. Il en va de même avec la modernisation de la ligne existante au Pays Basque Nord. Dans ces conditions, le gain attendu de la ligne nouvelle sera effectivement dérisoire par rapport à l’existant modernisé.

- Entre Bordeaux et l’Espagne :

M. Rousset devrait savoir que le projet Bordeaux-Irun fait 70 km de plus que le trajet actuel. A partir de Dax, les trains rouleront au maximum à 220 km/h, d’où un gain de temps attendu peu significatif.

Sait-il que RFF prévoit seulement huit trains quotidiens à l’horizon 2030 vers l’Espagne plus quatre qui s’arrêteront à Bayonne. Faut-il une ligne nouvelle pour cela ?

- Entre Bordeaux, Bruxelles et Londres :

Des millions de passagers aquitains seraient attendus selon RFF pour Londres ou Bruxelles ? Les promoteurs espagnols avaient fait un pari analogue avec la liaison à grande vitesse entre Madrid et Albacete. Elle vient d’être abandonnée après six mois d’exploitation désastreuse (2 796 passagers en six mois !). Le Portugal vient de renoncer à la construction de leur tronçon de la LGV Lisbonne-Madrid.


2. Sur le défi écologique :  

“Le TGV pollue 15 fois moins qu’une automobile, et une LGV est positive en terme de bilan CO2 en douze ans”.

M. Rousset n’est pas très généreux car pour RFF, c’est au bout de sept ans et demi que la ligne sera positive en terme de bilan CO2.

Peut-être ne sait-il pas que le gain attendu des émissions des GES d’ici à 2035 grâce au progrès technique dans le transport routier (hybridation, électrique…) est dix fois supérieur à celui attendu du transfert modal sur le rail.

Ignore-t-il aussi qu’un train à 300 km/h consomme trois fois plus d’énergie qu’à 200 km/h et que l’essentiel de l’énergie électrique pour la traction sera d’origine fossile pour les GPSO ?

La société Carbone 4 précise : “Le gain en CO2 est aussi dépendant du mode de production de l’électricité. Or, l’Europe installe actuellement plus de capacités de production d’électricité fonctionnant au charbon ou au gaz qu’aux énergies renouvelables”. L’un des fournisseurs d’électricité de la SNCF est Electrabel dont 50 % de l’électricité est d’origine thermique.


3. Sur la saturation de la ligne existante : 

Selon Alain Rousset, “le trafic sur la voie existante va être saturé dans quelques années. Tous les experts en conviennent”.

Les experts du cabinet Citec ou ceux de SMA Progtrans ne font pas partie des “experts” reconnus par M. Rousset. Pourtant, ils sont issus de l’école de Lausanne et leurs compétences sont unanimement reconnues, y compris par RFF.

De plus le CGEDD, l’organisme “non partisan”, auteur du rapport a reculé de 10 à 15 ans la date initiale de saturation de la ligne existante. S’appuyant sur les mêmes données fausses présentées par RFF lors des débats publics (rendant ceux-ci suspects voire illégitimes), il ne pouvait conclure différemment !


4. Sur la “qualité de vie au Pays Basque” : 

- Le “mur de camions qui prospère en Aquitaine” : 8 600 poids lourds par jour en 2006 et 8 100 poids lourds par jour en 2009, probablement moins en 2010, c’est cela prospérer ? Si le report sur le rail doit être aussi massif, pourquoi élargit-on l’A63, pourquoi la SNCF, premier transporteur routier en France, abandonne-t-elle le wagon isolé jetant sur les routes des milliers de poids lourds supplémentaires ?

- La protection des riverains de la ligne actuelle :

M. Rousset oublie de dire que la LGV ne se fera que si la ligne actuelle venait à être saturée. Les riverains souffriront donc des nuisances quoi qu’il advienne. Affecter sans délai les budgets prévus pour la ligne nouvelle à la ligne existante pour supprimer ces nuisances, voilà la “voie” à suivre !


5. Sur la nécessité d’augmenter le nombre de TER : 

Actuellement, les 19 TER quotidiens transportent en moyenne 40 passagers par train sur Bordeaux-Hendaye alors que leur capacité peut aller au-delà de 500.

Avant de rajouter des trains, M. Rousset devrait d’abord trouver un moyen de remplir ceux qui circulent ! Avec 30 TER quotidiens, la demande la plus optimiste pour les décennies à venir sera satisfaite et la voie loin d’être saturée.


6. Sur “la planification rapide des acquisitions foncières en Pays Basque” : 

Effectivement, avec la menace d’un nouveau projet, les acquisitions foncières se feront à vil prix. Si par le plus grand des hasards le projet venait à être abandonné, les plus-values de la revente de ces acquisitions ainsi revalorisées laissent entrevoir de juteux bénéfices.

“Le problème que vous avez au Pays Basque, c’est la spéculation foncière”. Qui disait cela ? M. Rousset, lors d’une altercation avec des opposants à Espelette au cours d’une visite du ministre de l’Agriculture, M. Bruno Lemaire, qui s’était montré peu convaincu par une ligne nouvelle ce jour-là.


7. Sur la “satisfaction” que Bordeaux soit à 4h30 de Madrid : 

C’est un “progrès considérable” pour Monsieur Rousset. Mais un progrès pour qui ? Notre président mégalomane qui “a étudié de près le projet” ignore totalement que seulement 7,8 % des usagers du rail prennent le TGV (la classe la plus aisée). En Espagne, ce chiffre est encore plus bas au point de fermer des liaisons comme Tolède (78 000 hab.) – Cuenca (56 000 hab.) Albacete (172 400 hab.) d’une capacité journalière de 2 170 voyageurs et fréquentée par neuf passagers par jour en moyenne. Il ignore également le rapport du député Mariton, non remis en cause par les députés socialistes, d’où il ressort que les lignes “rentables” ont déjà été construites.


8. Sur les prévisions de trafic en Pays Basque : 

Nous rappellerons les prévisions de trafic entre Bayonne et Hendaye à l’horizon 2020 remises à la “mission de médiation” en mai 2010 : 22 trains de grandes lignes et 80 TER. Initialement, la Région Aquitaine demandait 50 TER, insuffisants pour saturer la ligne existante d’une capacité de 264 trains. La Région a donc augmenté sa demande mais M. Rousset se garde bien de le préciser !

Bayonne serait reliée à la ligne nouvelle par une voie unique qui cisaillera (jusqu’à son abandon faute de trafic suffisant) la nouvelle ligne. Curieuse desserte pour une gare qui ne devrait pas connaître de “déclin” !


9. Sur la conviction de M. Rousset que “la LGV représente une opportunité pour les habitants du pays basque et le développement de leur territoire” : 

“Prétendre le contraire, c’est faire faire preuve de mauvaise foi”, nous dit-il. Si M. Rousset se prétend de “bonne foi”, une chose est sûre : il fait preuve d’une incompétence certaine sur le sujet.

Bayonne, comme Ajaccio ou Arcachon, fait déjà partie du peloton de tête des villes les plus attractives en France bien que non desservies par le TGV. Des villes comme Lille, Calais ou Le Mans, qui, elles, sont desservies, font partie du peloton de queue (étude de l’université de Paris Dauphine).

Le regard du Pays Basque se tourne naturellement vers le sud, et il est avéré que la ligne existante peut assurer efficacement sa liaison vers le nord de l’Europe en matière de report modal attendu de voyageurs comme du fret.

Dans sa pathologie, M. Rousset veut entraîner les Aquitains (avec la complicité de son adversaire M. Juppé, lui aussi intéressé) et leurs générations futures sur le chemin du surendettement. Il pourra ainsi présider aux destinées de Bordeaux (désormais Vincitown) devenue une “mégalopole” (ville issue de la mégalomanie de son promoteur). Vincitown (Bordeaux) concentrera les activités et les emplois en Aquitaine (désormais Vinciland), Angoulême, Agen, Mont-de-Marsan, Dax et Bayonne seront des cités-dortoirs ! Nous ne le suivrons pas dans son délire mais lui suggérons comme thérapie la lecture d’un excellent ouvrage intitulé Les rails de la déraison et comme thérapie de groupe un débat sur ces projets au Pays Basque.

Quelque 340 000 Aquitains vivaient sous le seuil de pauvreté selon l’Insee en 2004, 55 000 Bordelais (25 %) en 2008. Comment M. Rousset leur expliquera-t-il que la Région s’endette aussi lourdement dans des projets inutiles pour les profits de Vinci et d’une “élite circulatoire” ?

La grande vitesse (pour 7,8 % des usagers du rail) avec un endettement de 50 ans à la clé, est-ce la priorité d’un président socialiste ?

Au lieu de communiquer par presse interposée, que le président de Région organise un vrai débat démocratique avec les opposants. Un débat toujours promis, jamais obtenu !


 

Source : http://www.lejpb.com/paperezkoa/20110722/280403/fr/Reponse-a-Alain-Rousset

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