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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 10:22

 

 

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17 mai 2012

 

Il y avait un projet baptisé Novatrans. Il s’agissait de créer un opérateur de taille européenne pour le transport de marchandise combinant le rail et la route. C’était en tout cas l’ambition affichée en 2009 lorsque Novatrans, qui occupe avec ses filiales 300 salariés, a été intégrée dans le groupe SNCF-GEODIS.

La crise qui frappe l’ensemble des acteurs du transport de marchandises, mais aussi les multiples contraintes imposées par la SNCF qui ont empêché  NOVATRANS de maîtriser la chaîne du combiné rail-route, ont conduit l’entreprise au bord de la faillite.

Il s’agit de 300 emplois et de la vie de trois cents familles qui risque d’être bouleversée. Il s’agit aussi de l’avenir du transport combiné dont l’importance ne doit échapper à personne. En effet, le ferroutage permet de désengorger et de sécuriser le réseau routier de la circulation de centaines de milliers de camions par an. Il permet de diminuer les gaz à effet de serre et la pollution au dioxyde de carbone. Il permet de sécuriser le transport de matières dangereuses.

Pour sauver cette entreprise, il faut évidemment revoir le modèle économique choisi, l’actuel étant structurellement déficitaire. Il faut en conséquence revoir la synergie avec la SNCF. Mais il faut également recapitaliser l’entreprise. Deux options : l’option de l’idéologie dominante et des règles en vigueur : trouver un investisseur privé très courageux en ces temps difficiles. Vu les offres qui se sont présentées à ce jour, cette option conduit quasi directement à la disparition du premier transporteur combiné rail/route français, la liquidation étant inévitable. L’autre option est celle de l’intérêt général qui impose le développement du ferroutage. Seul l’Etat, gardien unique de l’intérêt général, peut procéder à une recapitalisation via la SNCF. Mais celle-ci souligne que cela prendrait l’allure d’une aide d’Etat à laquelle la Commission de Bruxelles, gardienne du dogme sacro-saint de la concurrence libre et non faussée, s’opposera.

On se trouve devant un dossier emblématique. A plusieurs titres.

D’abord, voici, une fois de plus, mise en lumière une limite majeure d’un dogme de l’idéologie néo-libérale, celui primat de la concurrence. Il y a manifestement incompatibilité entre cette logique et la sauvegarde de l’intérêt général. Or, le droit de l’Union européenne, tel qu’il découle des traités mais aussi de la jurisprudence de la Cour de Justice de l’Union, impose sans restriction le primat de la concurrence. Le nouveau président de la République qui s’est engagé à donner une « nouvelle orientation » à l’Europe se trouve ici confronté à un dossier exemplaire.

Ensuite, face aux périls majeurs des changements climatiques, il importe de se rappeler que les études les plus récentes et les plus sérieuses (en particulier Road Transportation Emerges as Key Driver of Warming – NASA GISS – 2010) confirment ce que d’autres avaient déjà observé : les moteurs des véhicules représentent les plus gros contributeurs au réchauffement actuel de l’atmosphère et à court terme. Déjà en 2008, dans un rapport au Parlement européen, l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) soulignait que «le secteur des transports a été trop longtemps exempt de régulation coercitive en ce qui concerne la lutte contre le réchauffement de la planète et les émissions de carbone. » Et l’AEE d’ajouter « Nous ne pouvons continuer à octroyer des privilèges à des modes de transport peu efficaces

De plus, il s’agit de politique industrielle. Peut-on, comme s’interrogent les organisations syndicales (CGT, CFDT, CFE-CGHC, FO, Sud) voir disparaître le premier transporteur train-route français ?

Enfin, il s’agit de la sécurité routière. Chacun peut le constater, tous les grands axes routiers de France et d’Europe sont aujourd’hui saturés de camions. On connaît également la place importante des poids lourds dans les accidents de la circulation. Il y a nécessité à limiter le déplacement des camions.

Un dossier dont devraient se saisir Frédéric Cuvillier, ministre des Transports, Nicole Bricq, ministre de l’Ecologie, mais aussi Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif et Bernard Cazeneuve, ministre délégué aux Affaires européennes. Dans l’urgence puisque le conseil d’administration de NOVATRANS pourrait décider de la liquidation de l’entreprise lors de sa prochaine réunion le 8 juin. Leur capacité à résister au puissant lobby des transporteurs routiers, leur volonté de protéger l’intérêt général contre les dogmes de l’Europe ultra-libérale, leur souci d’un véritable combat contre le changement climatique et pour la sécurité routière seront ici testés.

Raoul Marc Jennar

Essayiste

Source : http://www.jennar.fr/?p=2370

 

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