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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 06:44

 

 

01 Pierre R

Par Pierre Recarte / Vice-président du CADE


 L'opinion - Tribune Libre

23/10/2013


Jean-Marc Ayrault pensait avoir été clair en déclarant partager le diagnostic de la commission Mobilité 21 : différer au-delà de 2 030 la construction de plusieurs LGV dont Bordeaux-Espagne.

Il avait même accusé le précédent gouvernement d'avoir commis “une erreur et un mensonge” en laissant croire que l’on pourrait investir 250 milliards d'euros en vingt ans. Selon lui, ce rapport “sort de ce mensonge et fait un diagnostic précis, que je partage, de nos besoins de transport”.

Dans une interview à Usine Nouvelle, à la question “Que répondez-vous aux élus dont les projets sont remis à l’après-2030 ?” il répondait : “Je leur réponds que le pays est largement maillé par des voies ferrées […]que les nouveaux projets ne sont que la partie émergée d’un iceberg dont le reste est constitué des réseaux qui doivent être profondément rénovés”.

Ces propos ont déplu et certains élus s’agitent à nouveau sur la scène et en coulisses…


Siège des ministères

“Je me battrai jusqu'au bout pour que la LGV Bordeaux-Hendaye se fasse”, lance Alain Rousset, il rencontrera le ministre des Transports. “J'ai la promesse du ministre et du Premier ministre que les procédures se poursuivront jusqu'à l'Espagne”, affirme-t-il avec assurance !

Quant à Henri Emmanuelli, il se montre “confiant pour obtenir la LGV jusqu’à Irun” dans une interview à Sud-Ouest et maintient cette demande auprès du Président de la République et du gouvernement.

Pour Alain Juppé, “Le report après 2 030 de la réalisation des GPSO remettrait en question la stratégie de développement urbain et économique de Bordeaux […] L’opération d’intérêt national Bordeaux Euratlantique, est étroitement liée à la vocation de métropole européenne de Bordeaux.”

Ce communiqué de presse a au moins le mérite de reconnaître que seule Bordeaux serait la seule bénéficiaire de cette ligne.

Faire pression sur des ministres qui ne cessent de se contredire semble porter ses fruits puisque le préfet de région Delpuech déclare : “Alain Rousset a raison de ne pas désespérer. Le gouvernement travaille sur l’hypothèse d’un Bordeaux-Toulouse-Dax”.


Chantage…

Reporter les GPSO c’est menacer l’achèvement de la LGV Tours - Bordeaux avec le risque pour l’Etat de devoir verser des pénalités en cas de retard. Ce chantage orchestré par Alain Rousset est repris en chœur par tous les “ténors lgvistes” presque heureux de constater les défections successives de départements et d’agglos.

“Il faut bien que nous trouvions un point de pression pour peser dans les discussions” conclut cyniquement Alain Rousset.


Menace d’une catastrophe ferroviaire…

Même les récentes catastrophes ferroviaires sont exploitées de façon éhontée et fallacieuse. Ainsi, notre président de région n’hésite pas à affirmer qu’il serait risqué de faire rouler sur les mêmes voies des trains à 220 km/h et à 60 km/h. “Vous imaginez les risques avec un train toutes les trois minutes. À la moindre erreur d'aiguillage, ce sont des milliers de morts”

À Brétigny c’est la vétusté de la ligne qui est en cause. À Santiago, par souci d’économie, le tronçon n'était pas équipé du système européen ERTMS permettant la limitation automatique de la vitesse.

S’accommoder avec la vérité ne paraît toujours pas poser de problème au président de région !


Recherche du soutien de l’Espagne et de l’Europe

Le journal El Mundo révèle la réponse du commissaire européen aux transports, Siim Kallas, à une question de la députée européenne Izaskun Bilbao après la décision du gouvernement français de repousser la construction de la LGV Bordeaux-Espagne au-delà de 2 030.

La réponse est sans ambiguïté, la décision du gouvernement français ne répondrait pas “aux objectifs du réseau transeuropéen de transport”. Siim Kallas annonce un renforcement du dialogue pour que “les deux pays se rallient au plan actuel approuvé par les institutions européennes” selon lequel cette connexion est prioritaire et doit être achevée avant 2 030.

Selon Ana Pastor, la France “ne retarderait pas” la poursuite des études et “réitérerait son engagement” de connexion avec le Y Basque lors du prochain sommet franco-espagnol.

Alain Rousset s’empresse de renchérir “Nous avons bon espoir qu'à l'occasion du prochain sommet franco-espagnol d'octobre, le gouvernement annonce son intention de réaliser la ligne vers Dax dans un premier temps.”

Comment ne pas voir là des interventions “téléguidées” pour que François Hollande impose la réalisation de la LGV Bordeaux-Espagne contre l'avis du Premier ministre ?


Des financements “innovants”

“Il n’y a aucune raison que l’on ne trouve pas les financements à long terme. Il s’agit plus d’un problème de montage financier que de capacité.” constate Henri Emmanuelli.

Des financements “innovants” ! Parmi les “innovations” le président landais songe à attirer des fonds souverains chinois, qataris ou singapouriens !

Alain Rousset, lui, lorgne sur les “project bonds” européens, des instruments financiers destinés à attirer les investisseurs de long terme (compagnies d’assurance, fonds de pension…) grâce à un emprunt obligataire garanti par la Banque Européenne d’Investissement (BEI). Des montages actuellement en expérimentation.

Le problème c’est qu’en France, selon le rapport Mariton et la Cour des comptes toutes les LGV rentables sont achevées ou en construction.

Il est à craindre que le recours à de tels montages risqués ne conduise à la création d’une énorme “bulle”, un actif toxique dont les prêteurs se débarrasseront dès qu'ils auront compris que les bénéfices escomptés ne sont pas au rendez-vous.

Ainsi, par un tour de passe-passe, le contribuable paiera hélas in fine ! Peut-être pas le contribuable d'aujourd'hui, mais celui de demain. Ce qui satisfait pleinement nos élus actuels…


Lobbying 

Eurosud Transport, association de lobbying, organisait, en octobre, un colloque intitulé “LGV du sud-ouest européen : l’union sur toute la ligne”. Etait rassemblé tout le “gratin” pro-LGV : Rousset, Juppé, Labazée, Malvy et… le président de la Fédération nationale des travaux publics. Le pouvoir politique aux côtés des bétonneurs !

“Nous ne pouvons pas accepter que Bordeaux reste un terminus pour le TGV et souhaitons dire notre volonté que les travaux se poursuivent au-delà” résumait Jean-Louis Chauzy, président d’Eurosud. Le ministre des transports, invité à cette grand-messe était absent…

Comme par hasard, le CESER (Conseil Économique Social et Environnemental) Aquitaine, sans attendre le renouvellement de sa mandature, a publié en même temps, son rapport pour rappeler son soutien à la LGV au sud de Bordeaux, “en envisageant ce projet dans sa globalité”

Les spectateurs que nous sommes, assistons à ce ballet où sur le devant de la scène le Premier ministre assure qu’il tiendra compte des différents rapports et dans les coulisses s’agitent quelques élus et groupes de pression dans le but d’infléchir un Président indécis et influençable. Car en France on le sait bien c’est toujours le Maître de ballet qui mène le bal pour le plus grand bonheur de ses courtisans !

 


 

Source : http://www.lejpb.com/paperezkoa/20131023/428990/fr/LGV-Bordeaux-Espagne-agitation-sur-scene-et-en-coulisses%E2%80%A6-Par-Pierre-Recarte---Vice-president-du-CADE

 

 

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