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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 13:27

 

 

camion_dechargement_fukushima-deb58.jpg

 

jeudi 19 décembre 2013


Depuis le déchargement de 22 des 1533 barres d’assemblage contenues dans la « piscine » du bâtiment n°4, le 22 novembre dernier, une autre extraction a été effectuée le 10 décembre, mais depuis on est sans nouvelles pour la suite.


Il faut tout de même rappeler que les premières barres enlevées étaient parmi celles qui posaient le moins de problème, puisqu’il s’agit d’assemblages neufs, beaucoup moins dangereux que les autres, ceux qui sont usagés, d’autant qu’il y a dans cette piscine des assemblages abimés, des morceaux d’acier et autres débris de béton. photo


Le 10 décembre, une nouvelle extraction a donc été réalisée avec succès, portant à 66 le nombre d’assemblages neufs retirés, mais il faudra bien passer un jour ou l’autre à l’extraction des assemblages usagés. lien


A ce rythme, à condition que tout se passe bien, il faudra quasi 2 ans pour que la problématique piscine soit totalement vidée (vidéo) et la promesse de finir ce déchargement total pour la fin 2014 pourra donc difficilement être tenu. lien


On s’interroge logiquement sur le silence de l’exploitant, puisque depuis la réussite des premières extractions, pour quelles obscures raisons ce déchargement ne se continue-t-il pas à la même cadence ? L’explication risque de se faire attendre car le 13 décembre, le gouvernement japonais a promulgué le 1er décembre 2013 une loi sur le secret.  Le principe est simple : de lourdes peines sont prévues pour ceux qui divulgueraient ou même possèderaient des informations que le gouvernement aurait classées secret.


Comme le confirment des élus membres du parti au pouvoir : « Il s’agit de museler la presse, d’enfermer les lanceurs d’alertes et d’assurer que la catastrophe nucléaire de Fukushima cesse d’être une source d’embarras avant les jeux olympiques », ce qui explique que Masako Mori, ministre de la justice ait déclaré que « les informations relatives au nucléaire seront probablement classées secret  ».lien


En Australie, et ailleurs, la presse évoque même une loi fasciste. lien


Alors ceux qui ont fui la catastrophe ont pris les devants en créant le « réseau Yosomonet ». lien


Ils ont en commun la méfiance des informations officielles, et ont créé ce réseau pour traduire les messages de la société civile japonaise, et en particulier celle qui milite contre le nucléaire. C’est pour tous ces militants une « façon de remonter la pente moralement et de rester ensemble  ». lien


Après avoir fait croire aux populations sinistrées qu’elles pourraient un jour prochain rentrer dans leurs maisons, les autorités japonaises finissent par admettre que la décision est remise à plus tard, beaucoup plus tard…ce qui n’empêche qu’aujourd’hui, ils sont encore des milliers a vivre dans une zone fortement radioactive, sans pour beaucoup avoir pris conscience du danger qui les menace. lien

Du côté de la sous-traitance, ça ne s’arrange pas, et un des ouvriers embauché sur le site, vient de porter plainte auprès des prudhommes. Après avoir été fortement irradié, alors qu’on l’avait convaincu que son travail serait sans danger, il a été licencié pour avoir refusé de continuer à travailler en milieu dangereux. Ce qui a décidé un internaute, sous l’avatar Kna, à créer un site de soutien à ces travailleurs.


Il nous appelle à adresser des messages de soutien aux 4000 liquidateurs de Fukushima, présents le jour comme la nuit pour tenter de stabiliser la centrale accidentée. (Ils sont déjà plus de 30 000 à œuvrer à tour de rôle), et il y en a au moins pour 40 ans pour finir le démantèlement. lien


Tetsuya Hayashi, qui a travaillé sur le site, témoigne dans une vidéo : « ils n’arrêtent pas de nous dire : tout va bien, plutôt que de vous parler du danger, ils tentent de vous persuader que c’est sans risque »…et comme le confirme Hiroyuki Watanaba, un élu d’Ywaki qui les soutient, « leurs salaires sont loin d’être à la mesure des risques encourus. Les ouvriers n’ont pas de prime de risque et touchent l’équivalent de moins de 100 € par jour. Les moins bien payés n’ont droit qu’à 50 à 60 €  ». lien


Hayashi ajoute : « ce qui m’a frappé c’est la jeunesse de mes collègues : des gars de 18/19 ans, pas vraiment qualifiés pour ce genre de travail ».


Sur place, la contamination a encore battu des records, et le 10 décembre, celle de l’eau souterraine du puits 1-6 a atteint les 1 400 000 Bq/L en bêta total, (lien) quand à celle du puits E1, elle a atteint en tritium les 450 000 Bq/L. lien


Il y a hélas pire : selon Hirohisa Kuwabara, un des directeurs adjoints de la centrale, le 7 décembre un nouveau point chaud a été mesuré avec un débit de dose de 25 Sieverts/h près d’un tuyau reliant le bâtiment réacteur à la cheminée de rejet des réacteurs 1 et 2 : cette dose est létale en 20 minutes. lien


Comme il y a donc des zones trop radioactives autour des réacteurs, les exploitants du site ont décidé de faire mesurer dès 2015 les niveaux de radiation par des drones, afin de remplacer l’hélicoptère spécial chargé actuellement de cette délicate mission. lien


L’AIEA s’est rendu récemment sur le site, et suggère de goudronner toute la surface de celui-ci pour tenter d’empêcher la pollution radioactive de rejoindre la nappe phréatique, ce qui est assez illusoire, vu les fuites régulièrement constatées sur les kilomètres de tuyaux qui s’amoncellent sur le site, et l'AIEA validerait, sous certaines conditions, le déversement de l’eau polluée directement dans l’océan. lien


Le 16 décembre, des journalistes ont été invités à visiter la centrale, une visite balisée, avec interdiction de photographier, pour d’obscures raisons. Au programme 3 zones à traverser, la verte (radioactivité inférieure à 20 mSv/an), jaune (50 mSv/an), puis rouge (au-delà des 50 mSv/an). Ils ont constaté, en visitant cet immense territoire de plus de 3 km², l’impossibilité d’empêcher les fuites, l’accumulation des citernes et des tuyaux, et ont découvert l’ampleur de la tâche. lien


Ceux qui travaillent à la décontamination à l'extérieur du site sont autorisés à rejeter les eaux polluées par la radioactivité directement dans les rivières voisines, et ne balayent qu’autour des balises mesurant les rayonnements, remplissant des sacs plastique des près de 30 millions de m3 de terre contaminée en attente d’une solution. lien


Conclusion d’un des visiteurs : « démonstration est faite à Fukushima que ça ne marche pas, 2 ans après les grands serments  ». lien


Takashi Hirose, journaliste et ancien ingénieur, a écrit une lettre à tous les jeunes athlètes qui rêvent de venir à Tokyo en 2020.  Sur le thème « jusqu’ici tout va bien », il évoque la pollution du plus grand océan du Monde, qui grâce à la dilution, reste pour l’instant en dessous des normes de sécurité, il signale aussi ce jardin public d’une zone résidentielle de Tokyo, à 230 km de Fukushima, dans lequel on a mesuré un niveau de radioactivité de 92,335 Bq/m², et parle de ces japonais qui évitent de manger des légumes craignant la contamination. Sa lettre complète est sur ce lien.


Pour conjurer le danger, le gouvernement japonais applique la « méthode Coué », et a annoncé l’ouverture d’un centre d’entrainement olympique à 15 petits km de la centrale dévastée…alors qu’à 8000 km de là, on découvre chez les bébés nés en Californie des problèmes thyroïdiens. C’est en tout cas ce que révèle le professeur Chris Busby, secrétaire scientifique du comité européen sur les risque de rayonnement, et chercheur à l’institut Julius Kuehn, (lien) qui dénonçant le concept des « faibles doses », a publié une étude sur les effets des petites quantités de retombées radioactives de Fukushima sur la santé des bébés californiens, montrant un excès significatif d’hypothyroïdie causée par la contamination radioactive provenant du Japon. lien


Les mesures effectuées par le laboratoire norvégien de l’air ont démontré que plus de 250 PBq d’iode 131 ont été rejetés par la centrale nucléaire japonaise. lien


Rappelons que Tchernobyl a contaminé plus de 200 000 km² en Europe, et que là aussi, outre les 12 milliards de milliards de Bq relâchés en 10 jours, (césium 134, césium 137) il y avait aussi de l’iode 131 (1760 PBq). lien (page 7)


Or on sait aujourd’hui que la catastrophe de Fukushima à beaucoup plus d’ampleur que celle de Tchernobyl, d’autant que depuis 33 mois Fukushima continue de cracher sa radioactivité. Lorsque l’on compare les 257 tonnes de corium en fusion à Fukushima, avec les 50 à 80 tonnes de Tchernobyl, il n’y a pas photo, et si on ajoute que la piscine du n°4 fait courir au Japon, et pas seulement, un risque encore plus grand, on comprend l’importance de la catastrophe. lien


Pendant ce temps, notre nouveau président, qui avait promis de réduire la part du nucléaire en France, joue les VRP nucléaire au Brésil (lien), alors qu’à la lecture d’un article qui vient de paraitre dans « Charlie Hebdo », on a la confirmation que l’implication militaire au Mali, et au Niger, n’est pas tout à fait innocente, et a une relation directe avec l’activité nucléaire française menée par Areva. lien

Il faut écouter attentivement ce document pour réaliser le sens de l’implication de la France. Combien faudra-t-il de catastrophes nucléaires pour qu’en haut lieu, on se décide enfin à tourner définitivement la page nucléaire ?


Comme dit mon vieil ami africain : « l’esprit est comme un parachute, il ne sert que lorsqu’il est ouvert  ».


L’image illustrant l’article vient de « michelduchaine.com »

Merci aux internautes pour leur aide efficace


Olivier Cabanel


L’observatoire du nucléaire est menacé, pour le soutenir, ici

 


 

Source : http://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/fukushima-la-loi-du-silence-145266

 

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