Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 08:07

 

 

1546093_5240584_800x400.jpg

Pierre Recarte n’était pas destiné à prendre son bâton de pèlerin contre la LGV. Aujourd’hui, il est vice-président de Nivelle-Bidassoa et du Cade. © Photo Bertrand Lapègue

 

Publié le 07/05/2014 à 06h00 par arnaud dejeans


L’ancien radiologue Pierre Recarte pointe du doigt le gouffre financier du projet


Un radiologue à la retraite qui passe les finances du réseau ferroviaire à grande vitesse aux rayons X. Voilà comment résumer le nouveau livre de l'Urrugnar Pierre Recarte (1), qui habite depuis treize ans sur une commune où le projet LGV est aussi populaire qu'un supporter du BO en train de faire un mutxiko sur la pelouse de Jean-Dauger. « Je ne sors pas d'une grande école d'ingénieurs, je n'ai pas fait ma carrière dans les transports ferroviaires. Je ne suis qu'un radiologue à la retraite. Mais j'ai été sensibilisé au projet de la LGV quelques années après mon arrivée à Urrugne. Et je l'ai bossé à fond. »


Les deux premiers tracés théoriques étaient situés suffisamment loin de sa propriété pour que Pierre Recarte laisse passer le train du projet avec quiétude. « Mais j'ai quand même fouillé le dossier et j'ai de suite vu qu'il y avait de grosses incohérences. Les chiffres avancés par Réseau ferré de France (RFF) ressemblaient à des slogans de pub et non à des données réalistes. » C'est son ami du lycée, Pantxo Tellier, président de l'association Nivelle-Bidassoa, qui a soufflé sur les braises de la contestation. Depuis, le feu ne s'est jamais éteint. Et le duo a écrit un premier réquisitoire anti-LGV en 2011 (« Les Rails de la déraison »).


Le seul argument : l'argent

Moins médiatiques que le président du Collectif des associations de défense de l'environnement (Cade), Victor Pachon, Pantxo Tellier et Pierre Recarte n'en restent pas moins deux des cerveaux incontournables de la lutte contre la LGV au Pays basque. Le dernier s'est même spécialisé dans la radiographie des chiffres. « Dans le premier livre, nous avons essayé de démonter, un par un, les arguments avancés par les défenseurs du projet. Nos idées ont peut-être fait bouger des consciences, mais elles n'ont pas fait changer d'avis les décideurs. Certains nous ont même traités de “débiles”. La seule façon d'attirer leur attention, c'est de parler du financement. »


C'est la raison pour laquelle Pierre Recarte s'est concentré sur cette problématique dans « Les Grandes Voraces ». Pour décrypter les grands enjeux financiers des LGV, le militant urrugnar a dégainé loupes et calculettes : décryptage des précédents projets, analyse de la situation en Espagne, étude des partenariats publics-privés et propositions alternatives (« la rénovation des lignes existantes coûte six fois moins cher »), etc. Impossible de présenter tous les chiffres des « Grandes Voraces », mais le constat dressé par l'auteur est clair : « Toutes les LGV rentables ont déjà été construites. Les coûts des projets sont systématiquement sous-estimés et les trafics prévus surestimés. »


Les candidats interrogés

Pour nourrir ses arguments, Pierre Recarte s'appuie sur tous les rapports indépendants publiés depuis une décennie. Et maintenant ? « Nous avons parfois l'impression de parler à des sourds, mais nous continuons, car nous sommes persuadés d'être dans le vrai. J'espère que certains élus finiront par changer d'avis », poursuit l'auteur qui regrette de ne pas pouvoir débattre avec les défenseurs du projet.


Le livre a été envoyé la semaine dernière à tous les députés, élus régionaux et départementaux ainsi qu'à la Cour des comptes et au Commissariat général à l'investissement. Les têtes de listes pour les prochaines élections européennes seront également interrogées sur le projet.


« Je ne sais pas si toutes ces actions l'empêcheront de voir le jour. Les hommes politiques ont parfois de si grandes ambitions…», souffle Pierre Recarte, avant de se reprendre : « Mais nous ferons tout pour que cela n'arrive pas. »


(1) « Les Grandes Voraces » par Pierre Recarte, Éditions Nuvis, avril 2014.

 


 

Source : http://www.sudouest.fr/2014/05/07/la-lgv-aux-rayons-x-1546093-4018.php

 

Repost 0