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2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 14:59

 

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Mercredi 24 septembre 2014


Merci, Fukushima ! À la suite du 11 mars 2011, pas moins de 120 000 hectares de terres agricoles ont été contaminés pour des milliers d’années. Trois ans plus tard, Toshiba, l’entreprise qui avait fourni deux des réacteurs de Fukushima, se lance dans une nouvelle activité : la vente de légumes fabriqués en usine. 

Le projet test, en construction dans la banlieue de Tokyo, prévoit de produire 3 millions de salades par an dans une usine high-tech de 2 000 m². De la culture hors-sol poussée à l’extrême. Imaginez un bâtiment totalement hermétique et sans fenêtres. Un ordinateur y pilote les racks mobiles bardés de capteurs électroniques, dans lesquels flottent des laitues qui sirotent une solution nutritive, en atmosphère conditionnée et sous un soleil artificiel reconstitués à partir de microdiodes électroluminescentes dont les longueurs d’ondes stimulent la photosynthèse des végétaux.


Grâce à cet ingénieux procédé, on pourra désormais faire pousser laitues, épinards, choux ou carottes en zone contaminée. Le bonheur est dans l’usine ! Autre gros avantage : grâce au confinement, plus besoin de se préoccuper de la météo ni des insectes. Exit aussi la dictature des produits de saison : on multiplie sans peine les récoltes, jusqu’à quatre par an. Histoire d’attirer le chaland, on peut même apposer sur les cagettes l’étiquette écolo « sans pesticides ». Et pourquoi ne pas investir les rayons « alicaments », comme envisage de le faire Toshiba en dopant la teneur en vitamine C ou en polyphénols de ses salades ?


Cette agriculture en boîte fait tellement rêver les investisseurs qu’ils multiplient les projets. À Londres, une start-up baptisée Zéro Carbon Food vient de lancer une ferme souterraine dans un ancien abri antiatomique. Objectif : cultiver en hydroponie radis, salades, petits pois et brocolis dans 2,5 hectares de tunnels à 33 mètres sous terre. Et en France ? Interrogé par Le Canard, l’Institut National de la Recherche Agronomique assure ne pas avoir de tels projets dans les cartons, du moins dans l’immédiat.


Mais, comme on sait depuis Fukushima qu’un accident nucléaire est possible en France, il serait peut-être temps de s’y préparer… Après « l’agriculture raisonnée », l’agriculture folle ?

 


Source : Le Canard Enchaîné N° 4899 du 17 septembre 2014

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