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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 09:43

 

 

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Plus d’un an après la mort de son mari, la veuve continue le combat. © photo bertrand lapègue

 

Publié le 05/12/2014 à 06h00 par emmanuelle fère


La CPAM reconnaît la silicose de l’ex-ouvrier, mais l’indemnisation est incertaine


Marie-Thérèse vit avec les photos de 46 ans de mariage et avec sa chienne qui ouvre de grands yeux quand sa maîtresse pleure. Dans la maison, tout lui rappelle la disparition de son mari. Julien est décédé le 31 octobre 2013 à l'hôpital de Bayonne à l'âge de 75 ans, après une vie usée par le travail dans l'usine d'engrais Fertiladour (groupe Roullier) de Boucau.


Marie-Thérèse et Julien se sont battus pendant des décennies. D'abord, après l'accident de travail de l'ancien ouvrier. Puis, suite à sa retraite, pour que l'insuffisance respiratoire provoquée par l'inhalation, sur son travail, de poussières minérales renfermant de la silice, des silicates, du graphie ou de la houille, soit reconnue et prise en charge.


Marie-Thérèse a reçu un courrier de la Caisse primaire d'assurance-maladie (CPAM) de Bayonne du 17 novembre 2014 reconnaissant que « la maladie déclarée est d'origine professionnelle ». Elle mentionne une « silicose (1) aigüe ou chronique », que la CPAM accepte de « prendre en charge ».


« Situation particulière »

Mais lorsqu'elle contacte l'assurance-maladie, Marie-Thérèse s'entend dire qu'elle a reçu une lettre type et que « prendre en charge » ne signifie pas le versement d'une indemnisation, car Julien ne percevait pas d'indemnité journalière au titre de sa maladie provoquée par le travail. « Une situation particulière », selon la CPAM, contactée par « Sud Ouest ». Selon les informations communiquées, le dossier de Marie-Thérèse n'est pas clôturé car le médecin-conseil doit déterminer si le décès a été provoqué par la maladie professionnelle. La CPAM évoque aussi la possibilité, pour la veuve, de faire appel au conciliateur de la Caisse primaire d'assurance-maladie ou de contester la décision de refus sans préciser si telle est bien la position de l'assurance-maladie.


Marie-Thérèse vit cette situation comme une négation du mal subi par son mari. « Si j'obtiens quelque chose, cela ne sera pas pour moi, mais pour une association », précise la veuve. Le combat continue. Julien était entré à l'usine d'engrais Fertiladour le 19 juin 1979. Il la quittera le 3 septembre 1993, date de son accident du travail. « Il s'est fait happer la main droite par le broyeur », indique Marie-Thérèse. « Ils ont mis des protections suite à l'accident. Après, il se servait difficilement de sa main, même si ce n'était pas un homme qui n'aimait rien faire. » Mais aucune incapacité n'est reconnue à Julien. Les époux ferrailleront durant des années pour l'obtention d'une reconnaissance de 6 % d'incapacité, l'attribution de 12 000 francs, puis une incapacité à 8 %. Le 15 décembre, Marie-Thérèse sera devant le tribunal du contentieux de l'incapacité, suite au recours qu'elle a formé (2).


Composants radioactifs

Dans la dernière décennie de sa vie, Julien se servait donc difficilement de sa main droite. Il respirait tout aussi péniblement, bruyamment. L'héritage d'années passées à inhaler diverses poussières, dont la monazite contenant des composants radioactifs, sur le site pollué de Fertiladour. « Julien a été embauché comme mécanicien d'entretien. En 1989, on l'a mis à décharger des sacs de 50 kilos au bout d'un tapis. Il déchargeait entre 80 et 90 tonnes par jour. Il y avait eu une restructuration de l'usine. C'était ça ou la porte. Il a dû accepter une baisse de salaire de 1 200 francs par mois. On n'avait pas le choix avec une maison à rembourser et trois enfants étudiants », se souvient Marie-Thérèse.


Après l'accident, Julien subit une longue convalescence, puis, en 1994, il est préretraité. Sa santé est défaillante. En septembre 2013, le septuagénaire est hospitalisé pour une pneumopathie, puis en octobre 2013 au Centre hospitalier de Bayonne pour une tumeur pancréatique. Un drainage radiologique est réalisé, pour examen. Après l'intervention, Julien est remonté dans sa chambre. Mais quelques minutes plus tard, une infirmière donne l'alarme. Le patient est descendu en réanimation. Après une heure, le personnel médical informe Marie-Thérèse du décès de son époux. Puis, elle apprend qu'il est toujours en vie. Il a fait un choc septique et un arrêt cardiaque de 30 minutes. Son état ne s'améliorera pas. Julien décédera à l'hôpital en présence de sa famille, huit jours plus tard. « Vous savez ma vie est finie. Lui, c'était toute ma vie. Je n'attends plus rien. » Sauf, peut-être, de savoir.


(1) Maladie pulmonaire provoquée par l'inhalation de particules de poussières minérales renfermant de la silice. (2) Un dossier distinct de celui géré par la Caisse primaire d'assurance-maladie.

 


 

Source : http://www.sudouest.fr/2014/12/05/veuve-de-fertiladour-1757995-4018.php

 

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