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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 20:12

 

 

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jeudi 24 avril 2014


Imaginez un monde merveilleux où, avant d’oser inspecter un élevage industriel, tout inspecteur de l’État devrait annoncer sa venue au minimum un mois à l’avance. Juste le délai suffisant pour que les éventuels fraudeurs fassent le ménage dans les bidons de pesticides non homologués, se débarrassent des médocs et autres anabolisants filés au bétail, stoppent net les épandages illégaux de lisier, évacuent les cochons clandestins… 

Pour que ce rêve deviennent réalité, 60 députés UMP ont déposé, le 1er avril – ça ne s’invente pas – un projet de loi pas piqué des hannetons. Pour nos parlementaires qui ont eu cette chouette idée, les contrôles sont devenus trop enquiquinants. Jugez plutôt. Aujourd’hui, un inspecteur peut débarquer sans crier gare dans n’importe quelle ferme de France et de Navarre, le pauvre agriculteur n’est informé de la descente, par courrier, que 48 heures avant. Soit deux jours seulement pour agir. Face à cette injustice, nos députés poussent ce cri du cœur : « Nos agriculteurs sont de véritables professionnels auxquels il convient de faire davantage confiance, notamment en leur laissant un délai raisonnable pour se préparer aux différents contrôles. »


Cette délicieuse proposition de loi « visant à instaurer une information préalable des agriculteurs sur tous les contrôles » prévoit carrément d’inclure dans le Code rural et le Code de l’environnement « l’information préalable des agriculteurs sur chaque contrôle ». Exit le cauchemar du margoulin de se faire prendre en « flagrant délit environnemental », en train, par exemple, d’asperger ses cultures avec des produits interdits ou en dehors de la période autorisée. Véritable entrave à l’esprit d’entreprise, les contrôles inopinés disparaissent définitivement.


Parmi les 60 députés qui veulent libérer nos agriculteurs des insupportables contraintes environnementales et sanitaires, on trouve, pêle-mêle, l’ancien ministre Yves Jégo, l’industriel Olivier Dassault, Olivier Marleix, l’ex-conseiller de Sarkozy à l’Élysée, et, bien sûr, l’ineffable Marc le Fur, élu des Côtes-d’Armor qui présida un temps le Club des Amis du Cochon à l’Assemblée Nationale. Il était temps de réagir au scandaleux rapport de la Cour des comptes, qui, il y a deux mois, s’alarmait de « l’insuffisance des contrôles sanitaires » réalisés par les services du ministère de l’Agriculture, tout en épinglant « l’absence de sanctions suffisantes » pour les tricheurs.


Comme d’hab, tout ça, c’est la faute à Bruxelles, qui « nous impose de mettre régulièrement à jour la législation française pour prendre en compte les nouvelles exigences sociales, environnementales et sanitaires de l’Union européenne », dixit le rapporteur Thierry Benoît, député UDI d’Ille-et-Vilaine. On croirait entendre Xavier Beulin : le patron de la FNSEA, principal syndicat agricole et chantre du productivisme, qui ne cesse de pester contre l’Europe, tout en empochant, chaque année, en tant que gros céréalier de la Beauce, 140 000 euros d’aides directes européennes…


Espérons que tout cela finisse dans les choux (de Bruxelles) !

 


 

Source : Le Canard Enchaîné N° 4877 du 16 avril 2014

 

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