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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 09:10

 

 

Pasaia-01.jpg

 

27/08/2013 Cyrielle BALERDI


Ainsi se présente Pasaia Donibane, village et port de commerce situé au cœur de la ville de Pasaia, dont il est l’un des quatre districts, à quelques encablures à peine de Donostia.


On n’y vient pas par hasard, puisque les gens en parlent. Mais on l’approche à tâtons, intimidé par l’inhospitalité du décor alentour, cerné par les banlieues uniformes et les voies express. On commence à sentir l’effervescence industrielle et grise d’un port de ville en action. On sent les embruns. On se laisse porter par une voie de quai, on aperçoit les grues géantes et le passage des cargos qui appareillent ou transportent de la ferraille, du bois, du charbon, du ciment… Se dessine alors un autre quai, bordé de maisons de marins à balcons datant du 17e siècle et nichées au creux de la montagne verdoyante. Elles semblent, comme par miracle, avoir échappé à l’industrialisation forcée. Voilà donc Pasaia Donibane.


Un village portuaire enclavé dans une vallée inondée par la mer. Et, juste en face, le district de Pasai San Pedro, avec son marché et son chantier naval qui restaure les embarcations traditionnelles : Ondartxo. Comme beaucoup d’autres recoins et villages de la côte basque, la ville semble avoir été entièrement modelée par la mer Cantabrique. La population de ce bourg n’a qu’une industrie : le travail sur l’eau.


Un savoir-faire ancestral 

Autrefois, les familles entières vivaient de la mer. Les hommes étaient à la pêche tandis que les femmes s’employaient à recoudre les filets ou à aider au déchargement et à la vente, d’abord en faisant du porte à porte, puis sur les marchés et les places des principaux villages. Aujourd’hui, les bateaux continuent leur ronde et les drapeaux aux armoiries des trois clubs de trainières locaux flottent au-dessus des fenêtres.


Pour mieux comprendre cet héritage, on a décidé d’embarquer à bord du Mater, un magnifique thonier traditionnel basque, un des tout derniers à avoir été construit entièrement en bois en 1990 par la famille de pêcheurs Etxegoien, et reconverti aujourd’hui en bâteau-musée par l’association Itsas Gela, qui a vu le jour en 2001 pour la défense du patrimoine maritime de Pasaia.


À bord du Mater 

Le bateau, imposant, a transporté jusqu’à 40 tonnes de poisson : anchois, maquereaux, sardines ou thons, pêchés dans les règles de l’art. Entièrement peint en bleu et blanc, ses courbes ont été typiquement pensées pour affronter la mer Cantabrique et chasser les poissons migrateurs. Ses lignes de construction, si typiques, rappellent l’art de l’ingénierie et l’industrie navale pratiquées ici et qui, durant des siècles, a approvisionné l’État et les provinces basques. On construisait des navires pour la Couronne, l’Amérique, le commerce international, la pêche en Terreneuve et sur les côtes du Golfe de Gascogne. En 1597, le Chantier Royal de Pasaia fut fondé et on y construisit le Vaisseau Amiral du Roi de mille cinq cents tonnes…


Fleuron d’une époque, le Mater a aujourd’hui une seconde vie de musée itinérant. À son bord, Lierni arbore fièrement un t-shirt à son emblème. La jeune femme, tout sourire, nous invite à monter à bord. Elle vient tout juste d’achever un tour historique de deux heures, à arpenter les ruelles de Pasaia Donibane et San Pedro avec un groupe de Bizkaia.


Dans la cabine du capitaine Xabi Iturria, on peut observer les systèmes de guidage de l’embarcation. Les cannes en bambou, soigneusement alignées, servent à la pêche à la bonite. “On les attire avec des sardines, maquereaux ou autres mulets. Puis les rampes de jets d’eau brouillent leur vue pour qu’ils mordent à l’hameçon” explique Lierni. En offrant aux visiteurs la possibilité de partir en mer sur le Mater (on peut même y dormir !) et de mieux comprendre la vie des marins et leurs méthodes de pêche, l’association espère sensibiliser le public à l’importance de la sauvegarde de ce patrimoine maritime.


Pour Izaskun Suberbiola, la directrice du bateau, l’initiative est née grâce à des habitants amoureux de la mer et désireux de transmettre un héritage fort : “On a voulu sauvegarder cette relation si spéciale qui nous liait à la mer depuis notre enfance, depuis toujours, et que les nouvelles générations semblaient avoir perdue”.


La culture de la mer 

Alors que la disparition des baleines des eaux du Cantabrique sonne le glas de la pêche au harpon, les captures à la ligne ou aux filets de morue marquent l’âge d’or de la pêche à Pasaia. Plus de 200 barques travaillaient alors à cette pêche dans le port, permettant de le traverser de part en part en sautant de bateau en bateau sans toucher l’eau !


Le district de Trintxerpe s’est formé à cette époque, dans les années 1960, en réponse à l’arrivée massive des Galiciens venus travailler pour cette pêche. Aujourd’hui, seules deux embarcations de ce type restent au port, derniers vestiges du faste de cette période. L’activité se concentre sur deux types de pêche : la pêche au large et la côtière.


Cette dernière compte une vingtaine de petites embarcations traditionnelles qui pratiquent un art de la pêche responsable près des côtes. Ce sont eux qui forment aujourd’hui la Kofradia des pêcheurs apparue au Moyen-Âge avec l’essor de l’économie maritime. Du lundi au vendredi, aux premières lueurs de l’aube, ils prennent possession de la Lonja. Ce bâtiment qui s’étire le long du quai de Pasaia San Pedro, et qui devrait bientôt être totalement repensé, accueille un marché très important et attire de nombreux acheteurs.


Le poisson vient de Pasaia mais aussi des alentours, car les pêcheurs déchargent souvent au port le plus proche avant de faire acheminer le poisson par camion réfrigéré, moins gourmand en gazoline. L’ordre de vente y est hiérarchique et chaque type de pêche a sa tranche horaire. Un produit phare s’y démarque : le merlu. “Le poisson le plus vendu ici” confirme Izaskun. Et poursuit : “Le consommateur, responsable, a un rôle important à jouer pour le futur de cette activité. Si nous voulons assurer la survie de cette pêche de proximité soucieuse de l’environnement, les choix de consommation doivent être faits en conséquence.”


Les falaises du Jaizkibel et du mont Ulia sont des joyaux géologiques recélant des formes uniques au monde, protégées dans le cadre du réseau Natura 2000. “Une spécificité qui se retrouve aussi dans les fonds marins mais inexplicablement, cette partie sous-marine n’est pas protégée. C’est l’une de nos revendications” regrette Izaskun, consciente que cette zone reste menacée par le projet de construction du grand port extérieur de Pasaia qui agite l’ensemble des associations environnementales de la côte.


En poursuivant la balade le long de la baie jusqu’au phare de la Plata, fièrement dressé sur la montagne avec ses airs de château médiéval et ses tours crénelées, la beauté du panorama achève de nous en convaincre : la grandeur de Pasaia est là, face à nous. Elle naît de sa fusion avec l’océan.


 L’essentiel de Pasaia

Districts : Donibane, San Pedro, Trintxerpe et Antxo.

Surface et population : 11,3 km2 pour 15 996 habitants.

Province : Gipuzkoa.

Montagne : Monte Ulia et le phare de la Plata, spectaculaire !

Communes environnantes : Lezo, Donostia et Irun, Pasaia est située à 3 km au Nord-Ouest d’Orereta la plus grande ville aux alentours.

 

“l’Eden rayonnant” de Victor Hugo 

Pasaia Donibane a reçu de grands hommes. C’est ici, un jour de 1 777, que Lafayette embarqua pour l’Amérique, où il devait mener la guerre d’Indépendance. C’est également ici, pendant l’été 1843, que séjourna Victor Hugo, qui découvrit la ville par hasard lors de son voyage à travers les Pyrénées. Le romancier succomba au charme de l’endroit et décida d’y rester quelque temps, précisément dans la maison connue aujourd’hui comme la Maison de Victor Hugo.


La belle demeure à étage de style Renaissance qu’il occupait est devenue un musée en son honneur. “Elle est curieuse et rare entre toutes, et porte au plus haut degré le double caractère si original des maisons de Pasages. C’est le monumental rapiécé avec le rustique. C’est une cabane mêlée et soudée à un palais” écrit Victor Hugo. Installé à l’étage, il disposait ici de trois pièces, dont une grande salle à manger et deux chambres. Sur les murs, les dessins de l’auteur et les photographies anciennes nous éclairent sur l’état de la maison avant sa restauration en 1902, suite à l’intervention du poète Paul Déroulède. Pour Hugo, Pasaia Donibane n’était rien de moins qu’un “petit éden rayonnant”.


De son voyage de 1843, il est simplement souligné les circonstances qui entourent sa vie, et plus précisément, la mort de sa fille Léopoldine et de son gendre Charles en septembre de cette même année, qui l’ont contraint au départ, et ont également marqué un point d’inflexion dans sa vie et dans son oeuvre (pendant presque dix années, il ne publia rien).


Au sortir de la maison de Victor Hugo, on peut emprunter l’un de ces escaliers de pierre qui mènent dans la montagne pour gagner plus haut l’église San Juan Bautista, et plus haut encore une sorte de belvédère qui surplombe la ville et le port. Et l’on se surprend à repenser à ces illustres noms qui ont marqué leur passage, dont celui de Paco Rabanne qui peut s’enorgueillir d’être né ici en 1934.

 


 

Source : http://www.lejpb.com/paperezkoa/20130827/419476/fr/Pasaia---patrimoine-maritime-exceptionnel

 

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