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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 10:42

 

 

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Publié le 25-11-2011

 

Alors que Notre Dame des Landes est au cœur des conflits, Vinci en charge de la construction de l'aéroport vient de recevoir le prix Pinocchio des Amis de la Terre dans la catégorie « plus vert que vert ». En cause, un projet agricole et environnemental qui ne fait pas l'unanimité sur le terrain.

« Plus vert que vert » c’est ainsi que les Amis de la Terre qualifient ironiquement le futur aéroport que construit Vinci à Notre Dame des Landes et qui cristallise les débats dans la région nantaise depuis de nombreuses années. Le maitre d’œuvre vient en effet de recevoir le prix Pinocchio décerné par l’ONG, qui récompense une entreprise ayant « mené la campagne de communication la plus abusive et trompeuse au regard de ses activités réelles ».


Le projet prévoit l’utilisation de 1650 ha de terres agricoles pour y installer un aéroport qui permettrait d’accueillir un trafic plus important que celui déjà existant sur Nantes (voir article lié). Doté d’un budget de 561 millions d’euros et porté par la majorité PS, le futur aéroport se veut à haute valeur environnementale : consommation énergétique par passager divisée par 3, toiture végétalisée, panneaux solaires, etc. Mais les Amis de la Terre dénoncent le fait que Vinci « teinte en vert » son projet  pour en justifier la construction. Dans un extrait du contrat de concession révélé par l’ONG (voir lien), on apprend que l’entreprise compte mettre en place un observatoire de l’agriculture, une AMAP, une ferme de démonstration, un parcours pédagogique et permettre aux agriculteurs locaux de vendre leurs produits dans l’aéroport. « Loin d’être des alternatives, ces mesures ne font que parachever l’exercice de verdissement de ce projet d’aéroport » conclut l’association.


Pour Vinci, le prix Pinocchio est une « caricature ». L’entreprise « demande à être jugée sur ses actes et milite pour un dialogue franc, ouvert et constructif avec les véritables parties prenantes de ses projets ». Elle rappelle que la création d’un observatoire de l’agriculture est une démarche réglementaire, inscrite dans la loi sur l’eau et la protection de la biodiversité. Et que la création d’une ferme de démonstration, d’un parcours pédagogique ainsi que le projet d’AMAP sont « des idées qui seront menées avec les représentants de la profession agricole ».


Quel dialogue avec le monde agricole ?

Du côté des exploitants concernés par le projet, on partage l’idée des Amis de la Terre. Pour Sylvain Fresneau, président de l’ADECA (Association de défense des exploitants concernés par l’aéroport), qui regroupe une centaine d’agriculteurs sympathisants visés de près ou de loin par le projet, « c’est de la poudre aux yeux pour les citadins, on se moque des gens ».


Une quarantaine d’exploitants (selon Vinci) sont situés à l’emplacement du futur aéroport. Une dizaine d’entre eux devra envisager une reconversion ou un arrêt de leur activité car plus de 35% de la surface cultivée est compromise. Un budget de 41 millions d’euros est prévu pour mettre en place un plan de gestion agri-environnemental vis-à-vis des terres occupées et des milieux naturels détruits.

 

 Mais la construction de l’infrastructure ne devrait pas occuper tout de suite l’ensemble des 1650 ha prévus par la déclaration d’utilité publique de 2008. Vinci a annoncé qu’elle nécessiterait le bétonnage de 730 ha (550 pour l’aéroport et 180 pour l’infrastructure routière) suite à une « optimisation des surfaces nécessaires […] rendue possible grâce à l’application de la démarche « Eviter, Réduire, Compenser». Sur les 920 ha restants, Vinci a d’ores et déjà prévu de garder une surface disponible pour agrandir l’aéroport en cas d’augmentation du trafic. 400 ha seront destinés à la mise en œuvre des mesures compensatoires et le reste sera maintenu en activité agricole.


La profession agricole a-t-elle effectivement son mot à dire dans l’élaboration du projet ? A la société concessionnaire des Aéroports du Grand Ouest (AGO), filiale de Vinci en charge du projet, on affirme que la concertation avec la profession est en cours, notamment grâce à l’intervention de la Chambre d’Agriculture départementale. Les agriculteurs sont rencontrés collectivement et individuellement afin de faire le point sur leur projet personnel. Pour Sylvain Fresneau, la réalité est un peu différente. « Ils n’ont pas contacté tout le monde. Quant à leur projet de compensation, ils l’ont présenté à la chambre d’agriculture il y a une quinzaine de jours et nous n’avons pas entamé la discussion car nous sommes contre. »


Des mesures de compensation difficiles à mettre en œuvre

Car au-delà de l’expropriation, voire de l’arrêt d’exploitation pour les agriculteurs dont les terres sont en location, c’est aussi le problème des mesures compensatoires qui se pose.


Vinci compte travailler avec les agriculteurs sur ces terrains via l’élaboration de baux environnementaux. « Nous proposons aux agriculteurs de conserver l’exploitation de ces terres sous certaines conditions à définir. Il nous faut trouver un équilibre entre les intérêts agricoles et environnementaux », explique-t-on à AGO. Parmi les exemples de mesures proposées : replantation de haies, reconstitution de mares ou revalorisation de terrains en jachère. Pas sûr que les exploitants adhèrent au projet. « Les agriculteurs ne pourront pas vivre sur des zones de compensation », soulève à ce propos Sylvain Fresneau.


C’est aussi le mode même de compensation qui est remis en cause par les opposants. Un bureau d’étude a analysé la zone et a estimé que l’ensemble des terrains étaient situés en zone humide. « Vinci compte utiliser ces terrains pour les mesures compensatoires visant à remplacer les zones

humides détruites par la construction de l’aéroport. Mais ils ne pourront pas répondre à l’obligation de recréer de nouvelles zones humides. Ce n’est pas de la compensation », s’insurge Julien Durand ancien  agriculteur, propriétaire de terres et membre de l’ACIPA (l’association citoyenne intercommunale des populations concernées par l’aéroport de Notre Dame des Landes). L’étude par plusieurs commissions environnementales des propositions de mesures compensatoires réalisées par Vinci aura lieu dans le courant 2012.

 

D’autres terrains en jeu

En attendant, il faudra quand même trouver d’autres terrains pour compenser la totalité des 730 ha de zones humides détruites. Et cela à proximité du futur aéroport, car la compensation doit être réalisée au sein du même bassin versant. Pourtant la Loire Atlantique subit une forte pression foncière (1300 ha par an entre 2006 et 2010 d’après les statistiques du Ministère de l’Agriculture) et les terres sont rares. Si AGO reconnait y réfléchir, « il n’y a rien de validé » admet-elle. Les associations, elles, affirment que Vinci sollicite déjà des propriétaires pour acquérir ces terres. « Nous essayons d’alerter les propriétaires et les agriculteurs en dehors de la zone pour ne pas qu’ils vendent ou qu’ils signent de baux environnementaux avec Vinci», précise Julien Durand.


Enfin, au sein même de la DPU, le processus d’achat n’est pas terminé. La zone compte en effet plus de 500 propriétaires. Une trentaine d’entre eux, qui refusent la vente, ont déposé un recours en justice contre le processus d’expropriation. Ils espèrent ainsi ralentir le projet. Quant à la surface restant à acquérir par AGO, les chiffres se suivent et ne se ressemblent pas, que cela soit entre les opposants et la société concessionnaire et au sein même d’AGO*. L’imbroglio technique est donc loin d’être terminé avant que l’aéroport ne puisse sortir de terre.

 

*Selon la dernière estimation d'AGO, il resterait près de 330 hectares à acquérir.

Pauline Rey-Brahmi  © 2011 Novethic -

 

Source : http://www.novethic.fr/novethic/ecologie,environnement,transports,notre_dame_landes_vinci_accuse_greenwashing,136008.jsp?utm_source=newsletter&utm_medium=Email&utm_content=novethicInfo&newsletter=ok

 

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