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31 mai 2014 6 31 /05 /mai /2014 14:31

 

 

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                                                      Collectif international Pro No TAV      proces.nt@riseup.net 


23 mai 2014 |  Par pierre guerrini


 Depuis décembre 2013, quatre jeunes gens (Chiara, Claudio, Mattia et Niccolo ) sont incarcérés en Italie pour avoir participés, il y a un an, à une attaque nocturne du chantier de la ligne TGV devant relier Lyon à Turin.


Ils sont accusés d’« acte de terrorisme à l’aide d’engins pouvant entraîner la mort ou explosifs, dégradations par voie d’incendie, violence contre agents de police, détention et transport d’armes de guerre », pour avoir détruit un transformateur.


Le 22 mai, ils pas­se­ront en procès dans l’Aula-Bunker, une salle d’audience spé­cia­le­ment cons­truite à l’inté­rieur de la prison de Turin. Les inculpés ne pour­ront même pas être pré­sents dans cette salle d’audience : ils par­ti­ci­pe­ront au procès chacun.e depuis leur cel­lule, par visio­confé­rence, et ceci à la demande des pro­cu­reurs.


 Contre la vengeance de l’État, pour le Justice, Avec Chiara, Claudio, Mattia et Niccolo, Pour tous et chacun d'entre nous.

 Pour peu que l'on soit sensible au fait que l'Italie, et c'est une des caractéristiques de son génie, a toujours su, tant dans les arts, la peinture, le cinéma de l’après-guerre, sa littérature et sa poésie, la mode, la Pub, son évolution, les concentrations de médias - de divertissements, TV Berlusconi ... - devenues dans les mêmes mains de redoutables rampes de lancement pour carrières et appétits politiques -  inventer, créer, proposer et recycler ses propres images - esthétiques en son plus bel âge - ses propres trouvailles et les proposer au reste de l'Europe, qui les adoptaient sans sourciller,  il est à craindre que l'esprit des vagues de répressions et les textes de lois qui les autorisent, sans pareil depuis l'époque fasciste, qui tentent de mailler le paysage de l’Italie sociale et politique, ne trouvent pas de lignes de brisants suffisamment solides pour en endiguer le flot quand sera venu le moment qui risque fort de ne pas tarder, pour les pays voisins et pour l’Europe, de devoir résister à la contagion fasciste qui menace.


L’Italie  comme laboratoire de ses propres trouvailles, l’Italie comme grand pourfendeur de libertés quand ce qu'elle crée et propose menace les libertés publiques d'une Europe en, qui-plus-est, sévère souffrance.


 Le procès qui menace des simples opposants qui se voient risquer des peines exceptionnellement lourdes au regard de la réalité des faits qu'ils leur seraient  reprochés, si n'était déployé un tel luxe ahurissant de textes ayant tous pour but et vocation de charger la mule jusqu'à tenter, autant que faire se peut, de lui faire rendre l'âme, est exemplaire, symptomatique, et, si d’aventure, les peines encourues venaient à être requises et que les juges s'y soumettent, alors plus rien d'autre que la mobilisation de toutes et  tous, de chacun d'entre nous,  évitera que les foudres concentrées dans cet amas de nuages qui s'amoncellent sur les démocraties chancelantes depuis que vit le jour le Patriot Act, ne s'abattent.


L’enjeu du contrôle social, spatial et disciplinaire des populations est au cœur du processus de carcéralisation qui se trame derrière la mise en place d'un complexe de lois liberticides très imbriquées et détournées de leurs buts premiers et avoués pour maintenant être appliquées à tous et chacun de tous.


C'est de transformer l'Europe en un bagne pour ses opposants dont il s'agit.


L'ÉTAT ITALIEN MOBILISE L'ANTITERRORISME POUR S'ATTAQUER AU MOUVEMENT NO TAV

Chiara, Claudio, Niccolò et Mattia sont accusés de terrorisme pour avoir participé à une action collective au cours de laquelle il n’y eut aucun blessé ni dans les forces de l’ordre ni chez les ouvriers du chantier, mais seulement du matériel incendié.


Incendier un compresseur est ainsi interprété comme « un grave dommage pour le pays et pour l'Union européenne », en l'espèce pour avoir lésé son  « image ».


Pour délirant qu'une telle interprétation paraisse, ce ne serait pas la première fois dans l'histoire que l'Italie s'illustre dans ce genre d'innovations osées, avant d'être suivie par d'autres. De telles dispositions juridiques et les peines qui les accompagnent sont mêmes sans comparaison avec le code Rocco, pourtant adopté sous le régime fasciste.


Il n'existe finalement pas de définition juridique du « terrorisme » ; et c'est bien pourquoi il y en a tant. Et pour cause, le « terrorisme » n'est pas tant une catégorie juridique qu'un mode de gouvernement.


L'antiterrorisme est une politique mondiale, qui s'expérimente d'abord dans des cadres nationaux avant de généraliser ses innovations les plus efficaces. Jusqu'ici, à être toujours critiqué dans un cadre strictement national, rien n'a permis d'endiguer sa progression continue et terrifiante. Au point qu'il est désormais employé pour intimider la population de toute une vallée des Alpes.


Il est temps de donner un coup d'arrêt à cette utilisation du droit à des fins de liquidation politique.


Ce document d'information est un appel à tous ceux qui en ont les moyens à s'opposer à cette procédure qui risque bien de concerner, tôt ou tard, tout mouvement de contestation politique.


L'intention du  Collectif international Pro No TAV  est d'exposer et de faire connaître le plus largement possible l'intense criminalisation que connaît à présent le mouvement d'opposition au projet de Ligne à Grande Vitesse Lyon-Turin.


Ce projet, au même titre que d'autres « grands projets » en Europe, fait l'objet de débats féroces et connaît une opposition largement soutenue par les populations locales.


Le mouvement d'opposition au TAV (Treno Alta Velocità) dans le Val di Susa, vallée des Alpes italiennes, est à ce titre emblématique des tentatives d'une population pour résister à des décisions prises unilatéralement par un État.


Le 22 mai 2014 débute le procès de quatre opposants accusés de terrorisme pour l'incendie d'une machine sur le chantier du TAV.  L'utilisation totalement démesurée et inadaptée d'un arsenal de lois antiterroristes autour de ce procès forme un précédent inacceptable.


S'il aboutit à une condamnation, ce n'est rien moins que la possibilité de lutter en Europe qui se trouve mise en cause.


Et cela sans parler des conditions de ce procès, calquées sur la mise en scène des grands procès anti-mafia. Les inculpés sont détenus dans des conditions d'isolement extrêmes : promenades interdites pour ne pas se rencontrer, éclatement des quatre inculpés dans trois prisons différentes, censure du courrier ; ils devront participer au procès depuis leurs cellules par vidéo-conférence ;  l'audience se déroulera à huis clos dans le bunker judiciaire de la prison des Vallette à Turin.


Pour accentuer le fantasme du terroriste, les jurés sont d'ores et déjà placés sous escortes pour les protéger de potentielles « représailles » du mouvement. Quant aux peines de prisons qui leur seront appliquées en cas de condamnation pour « terrorisme », elles sont de 20 ans au minimum, et peuvent aller jusqu'à 30 anssi des circonstances aggravantes sont reconnues.


Depuis plus de dix ans que les législations antiterroristes sont utilisées en tous sens, dans tant de pays, pour se débarrasser de l'ennemi politique du moment, il ne suffit plus de constater une « dérive du droit » tant celle-ci s'est généralisée, tant la logique de l'exception est devenue la norme.


Dans la mesure où l'antiterrorisme relève d'une utilisation politique des catégories du droit, c'est politiquement qu'il faut le combattre, même sur le terrain du droit. Pour traiter par des moyens « exceptionnels » ceux qu'il accuse, l'antiterrorisme procède par ciblage et isolement de ces derniers. C'est pourquoi il faut marquer par toutes les interventions, prises de position et contributions possibles, que tout le monde est visé dans de telles procédures, que les inculpés ne sont pas seuls face à la mécanique délirante de l'antiterrorisme et qu'il est possible d'enrayer le travail d'isolement et d'effroi.


Ici, l'accusation de terrorisme n'est évidemment pas mobilisée par l'État italien afin de juger des personnes ayant commis un acte illégal, mais bien afin de supprimer définitivement, « par l'intimidation ou la terreur », le mouvement populaire d'opposition au TAV.


La Commission Européenne porte scandaleusement sa caution à cette mascarade judiciaire en se présentant comme « partie lésée » dans le procès. S'il y a condamnation, ce sera au nom de l'Europe entière. Ce levier n'est pas à négliger.


Il est non seulement urgent mais possible d'agir, chacun par ses moyens propres.


L'ANTITERRORISME COMME POLITIQUE EUROPÉENNE ET SON APPLICATION EN ITALIE

L'utilisation de la notion de terrorisme dans ce procès s'inscrit dans la lignée d'une évolution inquiétante du droit qui dépasse le cadre strictement italien. Les attentats du 11 septembre ont servi de prétexte global pour introduire dans les différentes législations nationales une nouvelle définition du terrorisme, et ce non sans porter atteinte aux principes mêmes du droit. Avec cette nouvelle définition du terrorisme est créée une catégorie pénale, à la fois floue et présentée comme exceptionnelle, qui remet en cause le principe d'universalité des droits.


Le flou entourant cette nouvelle définition autorise toutes les interprétations possibles. La notion de terrorisme est alors si large que toute forme de contestation sociale peut se la voir appliquer. On retrouve ce travers dès le Terrorism Act britannique de 2000, qui a largement inspiré la décision cadre


du Conseil de l'Union Européenne du 13 juin 2002 relative à la lutte contre le terrorisme. Y est défini comme terroriste tout acte susceptible de « porter gravement atteinte à un pays ou à une organisation internationale », lorsque l'auteur qui le commet a pour but de « gravement intimider une population », ou de « contraindre indûment des pouvoirs publics ou une organisation internationale à accomplir ou à s'abstenir d'accomplir un acte quelconque », ou encore de « gravement déstabiliser ou détruire les structures fondamentales politiques, constitutionnelles, économiques ou sociales d'un pays ou une organisation internationale ».


Collectif international Pro No TAV


 Liens utiles et références  

Sur la lutte No TAV : - en italien : http://www.notav.info   http://notavliberi.noblogs.org
La vidéo « una giusta resistenza » dans laquelle les avocats italiens défont les accusations de terrorisme utilisées dans le procès : http://www.notav.info/post/una-giusta-resistenza/
- en français :
http://notavfrance.noblogs.org https://notavparis.wordpress.com/
- en anglais :
http://libcom.org/tags/no-tav  http://www.presidioeuropa.net/blog/tav-movement-short-video-presentation/

 

 

Source : http://blogs.mediapart.fr/blog/pierre-guerrini/230514/les-vertus-liberticides-de-l-antiterrorisme-italien-pour-museler-les-oppsants-une-ligne-tgv

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