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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 15:22

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Semaine du 22/03/2010  - Environnement

 

Coût, avantages surestimés et désastre environnemental, les arguments des militants et des associations opposés aux nouvelles LGV font particulièrement débats dans ces régionales Aquitaine. Les conséquences secondaires liés à ces projets ferroviaires restent cependant moins abordés : Si la ligne de LGV doit passer à 50 km de là, Pédéhourat, un petit village béarnais proche de la vallée d'Ossau, vit pleinement la construction de la ligne comme une menace.

« Pe deu horat », (littéralement le pied du trou en béarnais) est qualifié par les géologues et les environnementalistes de site naturel exceptionnel : Absence de route goudronnée dans toute la vallée du Durr, zone maximale d'adhésion du Parc National, présence d'espèces remarquables comme l'Ours ou le Desman, dépôts triasiques très fragiles etc. Malheureusement, les montagnes qui culminent à 1600m renferment aussi de la Lherzolite une roche magmatique (1) très dure indispensable dans la constitution des ballasts des voies ferrés.

 

A Pédéhourat, la société de carrière Daniel entend donc exploiter le Moncaut, une butte de 15 Ha concentrant cette roche magmatique si particulière. Parmi les travaux, un tapis roulant de 4Km est évoqué par la société. Un marché serait-il en train de naître ? C'est probable car les projets de LGV, l'A65 et l'élargissement de l'A63 ont fait des granulats une denrée rare. Après l’air et l’eau, les "cailloux de toutes tailles" sont aujourd’hui la troisième ressource naturelle la plus consommée dans le monde. 10 000 tonnes de granulats sont nécessaire pour la réalisation d’1 kilomètre de voie ferrée et 30 000 tonnes pour finaliser 1 kilomètre d’autoroute. Les deux plus grandes sociétés de carrières GSM et Daniel sont donc sur le qui vive.  Selon l'UNICEM (l'Union nationale des industries de carrières et matériaux de constructions) la production des Pyrénées Atlantiques tourne déjà au alentour de 7 millions de tonnes de Granulats mais dans le grand Sud Ouest, seules les Pyrénées sont en mesure de fournir les roches éruptives (1), si utiles aux voies ferrés. Ces dernières semaines d'Hendaye au Sud de Toulouse, les projets de carrières fleurissent. Une démarche d'autant plus légitime pour les pro-carrières qu'aujourd'hui, pour faire face à la demande très forte, on importe du caillou du nord de l'Europe : en janvier dernier, un bateau chargé de roches éruptives Scandinaves a ainsi amarré au port de Bayonne.



Une population désarmée


Face à cette logique, à Pédéhourat, le groupement pastoral, les riverains, les chasseurs et les écologistes regroupés dans un même collectif dénoncent un projet désastreux qui se traduira forcément par du bruit, de la poussière, par le passage de camions, mais aussi par le saccage du milieu naturel et la contamination éventuelle de sources. Sans remettre en question la pertinence de certaines carrières, dans le cas de Pédéhourat, le géologue Jacques Boeur s'insurge : « Ce projet est un non-sens ! Le Moncaut est un patrimoine géologique, un petit écrin naturel. » Les carrières les deuxièmes effets LGV ? Ici le lien se noue rapidement dans les esprits : « On nous vante le Pau-Madrid en trois heures. Qu'est ce que j'en ai à faire? Je ne vais pas à Madrid et je veux vivre ici, comme avant » regrette un habitant du piémont Béarnais.

 

Désaccord notoire, la carrière risque pourtant bien de voir le jour. Le secteur fait partit de la zone natura 2000, mais les Pyrénées-Atlantiques sont le parent pauvre du projet puisque les documents d'objectif ne sont pas arrêtés. D'autant plus que les tenants et les aboutissants du dossier sont complexes. Si le village de 40 âmes dépend de la commune de Louvie-Juzon, la commune de Bruges (2) est propriétaire de terrains depuis un droit à paitre et à couper du bois qui date du XIV siècle. Aujourd'hui, le droit à la propriété comparable à celui d'un privé existe encore et s'étend sur une surface de 34 km² au dessus du village de Pédéhourat. On a convaincu le conseil municipal de Bruges de l'intérêt « national » de la LGV, tout en lui promettant des rentrées financières importantes. Sans consulter ses administrés, ni ceux de Pédéhourat, le conseil municipal Brugeois a finalement signé une convention avec la carrière Daniel, permettant à ce dernier l'extraction de la Lherzolite. Le dossier est aujourd'hui entre les mains du préfet Philippe Rey. Après une étude d'impact, c'est le représentant de l'Etat qui devra trancher.

 

Pour l'environnementaliste Jean Charles Roussel, si les associations ne font pas valoir des éléments bien documentés, l'étude d'impact durant deux mois s'apparente davantage à une formalité, poussée par un rouleau compresseur administratif. Ces dernières années, les militants écologistes peuvent se targuer d'avoir fait avorter les carrières de Saint Martin d'Arbéroue (au Pays Basque) ou celle d'Izeste (en Béarn). Dans ces nouvelles luttes qui naissent, défendre des intérêts environnementaux sera certainement plus difficile. En effet, les caristes vantent actuellement leur activité comme d'utilité durable, pour l'environnement et l'agriculture, un peu à l'image des politiques, qui en repeignant  leur discours en vert ont trouvé des arguments à écrire sur leurs plaquettes de campagne.

 

 

(1)Les roches magmatiques, également désignées sous le vocable de roches ignées, voire comme roches éruptives, se forment quand un magma refroidit et se solidifie, avec ou sans cristallisation complète des minéraux le composant. C'est le cas du granit.

(2) Le nom béarnais du village est Pelacan. Le nom de Bruges provient vraisemblablement de la ville flamande de Bruges où le seigneur béarnais et vicomte de Foix Béarn Gaston Fébus séjourna l’année de la création du village.

 

 

Source : http://www.paysbasqueinfo.com/component/zine/article/494-le-projet-de-carrire-de-pdhourat-lautre-effet-lgv.html

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