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27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 11:55

 

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Publié le 06/03/2012 par Bastien Yverneau

La Planète au Pillage


Ce livre est un paradoxe passionnant. Encensé par les plus grands (Einstein, Roosevelt, Aldous Huxley, ou plus récemment Pierre Rabhi), mais ignoré par le grand public. Œuvre maîtresse, qui dès 1948 démontre et dénonce la « guerre de l’homme contre la nature ». Mais aussi œuvre traîtresse, dont les prévisions catastrophistes se sont révélées 60 ans plus tard… complètement catastrophiques !


La Planète au Pillage est le fruit d’un travail titanesque. Henry Fairfield Osborn Junior, diplômé de Princeton et Cambridge, président de la New York Zoological Society, y résume à 60 ans les observations de toute une vie. En juste 200 pages, sont ainsi synthétisés plus de 130 ouvrages.


L’homme, espèce menacée, donc terrorisée, prend aujourd’hui sa revanche

L’homme est l’exemple caractéristique d’une espèce « généraliste ». C’est pour cela que nous avons pu nous adapter à tous les milieux et climats de la Terre. Les trois spécificités de l’homme dans le règne animal ? L’œil (très complexe, capable de voir en couleur et en 3D), le pied (dont la voûte permet la position debout prolongée), et enfin le cerveau.


Cependant, cette généralité à un prix. Depuis les temps immémoriaux, l’homme est ainsi « capable de faire assez bien un grand nombre de choses, mais sans exceller en rien ». « Excellent à rien », voire juste « bon à rien », il est probable que l’homme ait survécu avec la peur constante au ventre, sans cesse menacé par des créatures plus puissantes.


Ces longues « années obscures, mais décisives » expliquent pourquoi la peur est si profondément ancrée dans la pensée humaine. Lorsque nous avons inventé les outils -des silex d’hier à la bombe d’aujourd’hui- nous avons, enfin !, accédé à la puissance. Cette peur a alors pu facilement se muer en colère, en fureur.


« La triste vérité est que pendant un passé infiniment long, l’homme a été un prédateur, un chasseur, un carnivore et partant un tueur ».


Ainsi de la guerre : « il est tout à fait exceptionnel [...] qu’intervienne une tuerie organisée à l’intérieur d’une même espèce ». Nous aimons ainsi évoquer de prétendues lois naturelles (ex : nécessaire régulation biologique, loi de la sélection « naturelle » etc.) pour justifier l’injustifiable… alors même que nous sommes la SEULE espèce (hormis peut-être les fourmis) à s’y adonner, avec passion.


Même parmi les plus féroces carnivores, « le simple combat y est rare, sauf pour la défense des proches ou les rivalités entre mâles ».


Enfin, l’homme est le seul carnivore (et même ex-cannibale, à l’époque des cavernes) parmi nos proches cousins, les grands singes. Ceux-ci sont tous végétariens. Comme ils pouvaient échapper à leurs prédateurs en grimpant aux arbres, contrairement à nous, peut-être cela leur a-t-il permis de ne pas avoir à développer cet instinct de peur et de fureur ?


Cette autre guerre, celle de l’homme contre la nature

Fairfield Osborn chiffre et illustre, démontre et dénonce une destruction systématique de nos éco-systèmes, et ce dès 1948.


Il en aura fallu du courage pour, dès la fin de la 2nde guerre mondiale, dénoncer « cette autre guerre, celle de l’homme contre la nature ». Alors que les 30 glorieuses décollent, et que tous sont accaparés par la construction d’un avenir radieux, Fairfield Osborn temporise… et prophétise une ultime défaite.


« Aveugle à la nécessité de coopérer avec la nature, l’homme passe son temps à détruire […]. Il pense avoir découvert les secrets de l’univers. A quoi bon, alors, s’astreindre à en respecter les principes ! ».


Grandeur et décadence du sol nourricier

Fairfield s’indigne en particulier de la dévastation du sol nourricier. Cette mince couche de 20-30 centimètres qui repose sur la roche-mère (mal nommée car infertile), ce sol donc est ce qui nourrit tout ce qui est sur Terre, hommes y compris. On peut parfois l’oublier, mais c’est bien là que notre avenir se joue. Ce sol nourricier engendre jour après jour, année après année, toute notre nourriture, tous nos aliments sans aucune exception. Sans lui, la vie n’est tout simplement pas possible.


Ce que Fairfield Osborn résume par :

« L’homme a presque perdu de vue le fait que les ressources vivantes de sa propre vie proviennent de son habitat terrestre et non des ressources de son esprit »


Or ce sol disparaît à vitesse accélérée, et tous les continents sont concernés. Partout se répète le même schéma.

 

Un exemple parmi les dizaines que comptent le livre : en Syrie, les ruines de villes autrefois florissantes ne sont pas enterrées sous le sable, mais au contraire surélevées de près de 50cm au-dessus du sol actuel. Toute la terre nourricière brune-rouge s’en est allée vers l’océan, dont jamais elle ne sera récupérée, et seul reste l’aride plateau calcaire. Pourtant cette région produisait à l’époque romaine tellement de vin et d’huile que les tessons des jarres utilisées pour le transport forment une colline artificielle en Italie.


« Les flatteries de la science »

Cette perte de sol nourricier est actuellement compensée par l’apport massif d’engrais chimiques, issus de gaz « naturel », soit de la matière organique fossilisée.


Cependant Fairfiled Osborn nous met en garde contre ces illusions. Cette solution n’est en effet ni réaliste, ni pérenne. D’une part, il est très difficile de restaurer une terre dévastée. Les exemples abondent de terres dévastées que même les efforts humains les plus acharnés sur des siècles n’ont jamais réussi à restaurer.


D’autre part, l’agriculture industrielle a tendance à simplifier le problème. Hier, il ne fallait que les 3 éléments principaux (azote,  phosphore, potassium). Aujourd’hui, on se rend compte que tous les autres micro-nutriments et autres oligo-éléments  sont tout autant essentiels (calcium, souffre, magnésium, cuivre, fer, manganèse, zinc, bore etc.). L’homme, ici, s’évertue à artificialiser les mécanismes naturels, sans pour autant parvenir à un résultat aussi complet. Enfin, Fairfield Osborn fait le lien entre une nourriture appauvrie et ses conséquences pour la santé. « Dis-moi ce que tu manges, et je te dirai qui tu es ». Un sol nourricier dévasté donne une nourriture appauvrie, qui donne des hommes malades.


Des prévisions alarmistes, qui se sont révélées fausses

« À tous ceux que l’avenir inquiète ». Cette citation accueille le lecteur dès la première page. Alarmiste, ou avant tout réaliste ?


Bien que très bien documenté, Fairfield Osborn s’est pourtant…trompé. Et même lourdement trompé. 400 millions d’humains en 1650, 800 millions en 1850, 2 milliards en 1950, 7 milliards en 2012. Une courbe exponentielle qui fait froid dans le dos lorsqu’on prend le temps d’y réfléchir. Et qui inquiète tellement Fairfield Osborn, qu’il ouvre son livre sur ces considérations. Pourtant, lorsqu’il écrit « [nous avons] déjà atteint voire dépassé nos capacités de productions alimentaires », la Terre ne compte que 2 milliards d’humains. Et force est de constater que depuis, ni les guerres ni les famines -pourtant nombreuses- n’ont freiné l’explosion continue de la population, jusqu’à aujourd’hui dépasser les 7 milliards. Cela va-t-il durer indéfiniment ? Les arbres peuvent-ils monter jusqu’au ciel ?


Raison trop tôt, ou tort trop longtemps ?

Il serait alors tentant de jeter le bébé avec l’eau du bain, et de rejeter en bloc le message du livre. Pourtant, se pourrait-il que Fairfield Osborn ait eu raison trop tôt ?


Deux visions du monde s’affrontent ici, visions opposées que l’on retrouve sur d’autres sujets éminemment actuels et discutés, tels que réchauffement climatique, crise énergétique etc. Le choix entre ces deux visions est peut-être in fine une question de foi. D’un côté, les partisans de l’Homme démiurge affirment que la science permettra de s’affranchir encore et toujours des limites de la nature, que l’Homme pourra devenir l’égal d’un dieu. La « révolution verte » a ainsi plus que décuplé la production alimentaire. On ne peut que constater que l’histoire leur a donné raison… jusqu’à présent !


De l’autre côté, les écologistes affirment que l’homme est et restera toujours « une simple pièce sur le grand échiquier de la nature », et que l’homme, détruisant la nature, finira par se détruire lui-même. Que la science peut certes nous aider à comprendre la nature, voire à l’utiliser à notre avantage, mais qu’elle ne pourra jamais nous aider à la dépasser.


Pour ma part, je pense que la raison et le bon sens, entre autres, sont de ce côté. Les thèmes développés par Fairfield Osborn dans « La Planète au Pillage » donneront assurément à réfléchir sur ces questions, cruciales pour notre avenir.


Table des matières

Première partie : La Planète 

  1. Vues d’ensemble
  2. Les années obscures mais décisives
  3. Une nouvelle force géologique : l’Homme
  4. La vie engendre la vie
  5. Les flatteries de la science

Deuxième partie : Le Pillage 

  1. L’Asie, jadis et aujourd’hui
  2. Les pays méditerranéens et l’Afrique
  3. La Russie
  4. Europe, Angleterre et Australie
  5. Le Nouveau Monde

Conclusion : Il est fini, le temps où l’on pouvait encore espérer braver les forces naturelles.

 


 

Source : http://reconquerirsavie.fr/planete-au-pillage/

 


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