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5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 12:13

 

 

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Fin octobre 2007, l'Etat, les collectivités locales, les syndicats et certaines associations se réunissaient afin de sceller "les accords du Grenelle". De là naissaient deux cents soixante huit engagements marquant une véritable rupture..... en matière de radicalité et de positionnement associatif!

 

Trois ans plus tard, à l(issue de la procèdure législative, il est nécessaire de tirer les enseignements de cette grand-messe de l'écologique hors-sol. Un bilan nècessaire afin de refermer le petit livre vert pale du Grenelle et éviter de revivre une fois encore une vaste entreprise d'instrumentalisation du secteur associatif!

En effet, en discutant avec un pouvoir qui avait les mains dans le béton de l'EPR et bientôt les pieds dans le bitume de l'A65, certaines associations ont accépté de cautionner un Grenelle du blanchiment écologique.

 

Trois étapes ont rythmé le processus "Grenelle". Un compromis initial qui ne laisse pas d'étonner par son peu d'ambition.Une naissance qui s'est opérée sous le regard médusé de celles et ceux qui avaient osé émettre un certain nombre de préalables (notamment sur le nucléaire, les OGM, les autoroutes et les incinérateurs...) et qui ont été priés d'aller négocier ailleurs! L'adoption d'une première loi en août 2009, aussi littéraire qu'inopérante, qui fixe des objectifs qu'une seconde loi votée un an plus tard, s'est attachée à ne surtout pas traduire dans le corpus législatif.

 

En dehors du nucléaire, qui n'a pas fait l'objet d'un accord durant le Grenelle et qui aurait amplement justifié un boycott de la part des acteurs associatifs, que reste-t-il du Grenelle?

 

A celles et ceux qui fondaient encore quelques espoirs dans le Grenelle de l'environnement, l'été 2010 leur aura été fatal! Au coeur de la période estivale, Jean-Louis Borloo présenta, en catimini, un schéma national des infrastructures de transport qui envisage la construction de neuf cents kilomètres de nouvelles autoroutes (soit une augmentation de 8% du réseau autoroutier existant)!Nous payons comptant  l'écriture diplomatique  du Grenelle qui adopta le principe selon lequel "le réseau routier et autoroutier n'augmenterait plus sauf intérêt local, problème de sécurité ou de congestion". Résultat: les autoroutes seront désormais des éco-autoroutes...

 

Dans la même veine, le projet d'aéroport prévu à Notre Dame des Landes est présenté comme "grenello-compatible" par le ministre de l'écologie! Prévu sur une zone humide et des terres agricoles, cet aéroport, s'il était in fine construit, participerait à l'artificialisation grandissante des espaces ruraux et périurbains que le ministère de l'Agriculture semble déplorer dans une étude publiée en juillet 2010.Celle-ci indique qu'entre 2006 et 2009, les espaces artificialisés ont progressé de 1,9% par an, pour représenter 9% du territoire. Les espaces agricoles et naturels perdent 236 hectares par jour!

 

Sur l'éolien, les parlementaires ont adopté des amendements éolicides qui ont tué dans l'oeuf une filière hexagonale déjà moribonde. Pour le Syndicat des Energies Renouvelables, "la disposition du texte de loi Grenelle 2 imposant un seuil de 5 éoliennes pour réaliser un parc éolien dans certains départements". Pire, les éoliennes seront à l'avenir soumises à la procédure ICPN qui concerne les installations classées comme les industries chimiques, nucléaires, stockage d'engrais ou produits explosifs.....Bref, rien à voir avec le secteur éolien. Mais tout est bon pour mettre des bâtons dans les pales d'éoliennes!

 

Concernant les pesticides, la loi Grenelle 2 a imposé, au détour d'un amendement scélerat, une analyse socio-économique afin de vérifier qu'une éventuelle interdiction d'un herbicide, insecticide ou fongicide, fut-il dangereux pour la santé, n'aurait pas d'incidences négatives.... sur le bilan financier de l'agro-business!


Voiture électrique, agro carburants, téléphone mobile, publicité, déchets, nanoparticules....ont également fait l'objet d'un traitement de faveur dans la loi Grenelle 2! Avec sensiblement les mêmes objectifs et résultats: Stimuler le mouvement avec de fausses bonnes solutions techniciennes afin de justifier les mille et une "révolutions" annoncées quotidiennement!

 

Parallèlement  au Grenelle, l'Etat Français a décidé de construire des réacteurs nucléaires, des lignes à haute tension, inscrit de nouveaux maïs transgéniques au Catalogue des semences, homologué certains insecticides tueurs d'abeilles, inauguré un incinérateur, abandonné la contribution climat-énergie, la taxe pic-nic et la taxe poids lourds, autorisé la circulation de giga-camions de 44 tonnes, déclaré d'utilité publique un projet d'aéroport.......

 

A l'aune des piètres résultats du "Grenelle" un constat s'impose: Le Grenelle de l'environnement est une sorte de hamburger politique, formaté pour plaire au plus grand nombre, dont la consistance, le format la couleur attirent sans pour autant rassasier. Face aux menaces environnementales, il n'est pas sérieux de laisser la parole aux bonimenteurs et croire aux propos de responsables politiques qui mélangent bons mots et mauvais remèdes. Dans un monde de saturation médiatique, le danger est de croire qu'un mot peut régler les maux...

 

Sarkozy qui rêvait de devenir le géant vert est trop lié aux puissances de l'argent pour pouvoir prétendre sérieusement incarner la révolution écologique. Le Grenelle ne pouvait pas déboucher sur des décisions concrétes sans rupture réelle avec "le clan du Fouquet's", Les Boloré, Bouygues, Minc, Tapie, Bettancourt, Dassault et consorts qui ne peuvent concevoir d'autres développements que celui qui a fait leur fortune. Ces éco-prédateurs ont bâti leur empire sur les ruines encore fumantes de notre planète polluée.

 

Or, l'écologie ne peut être un sparadrap que l'on applique sur une plaie purulente. Pour répondre aux crises écologiques, le greenwashing politique que constitue le grenelle de l'environnement est une impasse. L'exigence écologique est systématique, elle passe par une politique et des valeurs cohérentes dans le temps et dans l'espace. Une articulation sincère entre le "dire" et le "faire".

 

Dans cette configuration où le chef de l'état doit ménager les chêvres productivistes et le chou écologique, seule la gesticulation est autorisée. De ce "bougisme" naît ce type de processus "démocratique" ou l'absence de décisions réellement écologiques est la garantie ultime de sa prorogation! Moins il y a de décisions, plus il faut en débattre. Mais l'exercice finit par lasser même les plus arfents défenseurs de la misse en scéne grenellienne. L'urgence écologique nous impose  de ne plus perdre  de temps dans des grenelles du dumping des idées écologiques dont la vocation première est de reporter à des lendemains qui chantent faux ce que nous aurions du faire il y a des années. Le Grenelle est fini... Les choses sérieuses peuvent donc commencer!

 

 

Stephen Kerckhove

Délégué général d'Agir pour l'Environnement et auteur de "Grenelle de l'Environnement: l'histoire d'un échec" Ed: Yves Michel octobre 2010 10euros.

 

 

grenelle-environnement-histoire-echec-stephen-kerckhovel

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