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23 avril 2011 6 23 /04 /avril /2011 13:52

 

 

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23/04/2011 Goizeder TABERNA


La présence élevée de radioactivité sur l'ancien site de l'usine Fertiladour de Boucau n'est plus à prouver. Aujourd'hui, deux rapports que le Journal du Pays Basque s'est procurés attestent de l'excès de poussière qui fait de cette usine de broyage de minerais un nid à silice. Ces documents produits par la Caisse régionale d'assurance-maladie d'Aquitaine (Crama) datant de 1990 et de 2000 pourraient contribuer à expliquer la mort récente de deux anciens salariés de l'usine atteints de silicose.


«Il existe aux différents postes contrôlés un risque grave de silicose lié à la nature des produits manipulés», affirme le premier rapport daté du 10 octobre 1990. Cette maladie professionnelle est provoquée par l'inhalation de silice, dont le quartz. Le document de la Crama préconise, par ailleurs, que l'atelier soit étanche, que les ouvriers portent des protections également étanches et qu'ils aient des scaphandres ventilés, «pour éviter dès 1990 ce qui est déjà pressenti comme une usine à silicose», explique Ramuntxo Garbisu, journaliste suivant le dossier Fertiladour depuis 2008.


Dix ans après le premier rapport, le 17 mai 2000, les conclusions d'une seconde analyse commandée par la Crama ne varient pas : «On n'observe pas d'amélioration décisive des secteurs évalués par rapport aux précédentes mesures». Et d'ajouter : «La seule évolution notable concerne le port qui semble maintenant généralisé des protections respiratoires filtrantes». En dix ans, le problème du taux abusivement élevé de poussière n'aurait donc pas été résolu. Pourtant, à chaque rapport, le directeur de l'usine, qui à l'époque s'appelait Reno, et le médecin du travail reçoivent le double.


Sans réaction de la direction 

La maison mère, le groupe Rouillé, n'a pas souhaité répondre à nos questions. A travers l'entreprise Agriva (Tarnos), elle est chargée de la réhabilitation du site Fertiladour. Les responsables de la Carsat, l'ancienne Crama, affirment, eux, que la caisse régionale n'a pas «de mission dans le contrôle de l'application de la réglementation». Quant aux syndicats, ils semblent ne pas être au fait du problème.


Aucune instance publique n'a clairement établi le nombre d'anciens salariés de Fertiladour décédés de silicose, mais selon Pierre Boccardo du Collectif des associations de défense de l'environnement (Cade), ils seraient entre 20 et 25 salariés à avoir contracté la maladie. Roland Gabarrus et Henri Leblond, décédés respectivement le 28 mars et le 4 avril de silicose, avaient obtenu la reconnaissance officielle de maladie professionnelle en 2000. Henri Leblond avait lancé une procédure judiciaire contre l'industriel pour mise en danger. «Mais le directeur a sans cesse apporté de nouvelles pièces repoussant les délais ; Henri est un homme qui est mort en colère», commente R. Garbisu. Lui qui les avait rencontrés pour réaliser un reportage, raconte : «Après plusieurs années de souffrance, Henri et Roland sont morts dans des conditions humaines effroyables, morts noyés par du sable situé dans leurs poumons».


Un compte Facebook a été ouvert («Soutien aux salariés de Fertiladour, victimes d'accident ou de maladie») et rassemble près de 160 personnes. Par ailleurs, les deux rapports sont mis «à disposition des victimes et de leur famille» sur le site www.yallah-yallah.net.


Dans trois semaines 

Pierre Boccardo et Ramuntxo Garbisu donnent trois semaines à la direction d'Agriva pour qu'elle fasse «toute la lumière sur ce qu'elle appelle `les accidents de travail'». Après quoi, ils organiseront une conférence de presse. «L'industriel, aujourd'hui, ne peut pas nier cette réalité. La silicose n'est pas une fatalité. C'est le résultat d'un projet économique qui a consisté à ne pas protéger les salariés par pure logique financière», affirment-ils.


«La radioactivité, plus personne ne peut la contester. En revanche, après trois arrêtés préfectoraux qui demandent la mise à l'écart du site, il n'y a toujours aucune initiative de l'Etat par rapport à la protection des gens qui y ont travaillé», souligne Ramuntxo Garbisu. «On ne peut pas laisser ces deux dossiers déconnectés et on doit se poser la question des conditions de travail de cette usine», insiste-t-il.


 

Source : http://www.lejpb.com/paperezkoa/20110423/261720/fr/Fertiladour--une-usine-a-silicose

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