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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 11:12

 

 

 

 

 

« Le consommateur est au cœur de nos préoccupations et de nos actions ». Cette profession de foi, qu’on peut lire sur son site, l’Association nationale des industries alimentaires vient de la mettre joliment en pratique. Au début du mois, l’une des directrices de l’Ania s’est fendue d’un mail à ses adhérents – pas moins de 13 500 entreprises – pour leur demander de participer, ni plus ni moins, à une forme de bourrage d’urnes : « Nous vous incitons à répondre massivement à ce sondage ! »


Le sondage en question émane de la CLCV, une de ces associations qui défendent les consommateurs, avec lesquels l’Ania assure vouloir nouer une nouvelle relation. La CLCV demande aux internautes : « Est-ce que vous souhaitez que l’échelle nutritionnelle soit présente sur les emballages alimentaires ? » En clair, les consommateurs sont invités à donner leur avis sur le projet des feux tricolores, qui permettraient de repérer d’un seul coup d’œil les pires produits sur l’échelle de la malbouffe.


Un cauchemar de transparence pour le lobby agroalimentaire, lequel se décarcasse pour tuer dans l’œuf cette proposition, qui figure noir sur blanc dans un rapport consacré à la politique nutritionnelle remis le mois dernier à la ministre de la Santé. Ce qui a mis la puce à l’oreille de la CLCV, c’est l’enthousiasme inattendu des internautes à cliquer massivement sur la réponse : « Non, je ne souhaite pas qu’elle soit présente sur les emballages »… Après avoir découvert le pot aux roses, l’association de consommateurs a alerté les pouvoirs publics pour que l’Ania cesse de « manipuler » le sondage en sous-main.


Est-ce un hasard ? Depuis quelques temps, une poignée d’experts s’élèvent dans la presse contre l’étiquetage nutritionnel. Parmi les plus virulents, Jean-Pierre Corbeau, professeur de sociologie de la consommation, s’énervait récemment dans Le Figaro contre « ce type d’étiquetage », qui « ne fait que contribuer à une médicalisation de l’alimentation ». ( ?!) Une prise de position bien entendu totalement indépendante de la part de cet universitaire qui a notamment mené pour la marque Quick une étude sociologique sur « la représentation et la perception de la restauration rapide de type hamburger et sa place dans le panorama culinaire français ».


Ou encore, contribué activement aux Cahiers de l’Observatoire du bonheur de Coca-Cola et qui mouille sa chemise en tant que membre du Comité Scientifique de l’observatoire des habitudes alimentaires monté par le lobby laitier. À quand un feu tricolore pour les conflits d’intérêts ?


 


Source : Le Canard Enchaîné N° 4874 du 26 mars 2014


 

 

 

 

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