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11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 10:25

 

 

 

 

Les côtés obscurs de la révolution numérique (1/2)

Par Laurent Herblay (son site)
Samedi 6 mai 2017

 

Les côtés obscurs de la révolution numérique (livre)

Dans la série des débats qui n’ont pas assez eu lieu pendant cette campagne, après l’Union Européenne, remarquablement disséquée par Coralie Delaume et David Cayla, les conséquences de cette révolution numérique, admirablement bien analysée par Marc Dugain et Christophe Labbé dans « L’homme nu – La dictature invisible du numérique », un livre à lire absolument.

 

La mise à prix de notre liberté

Ils évoquent « une révolution comparable à celle que provoqua le pétrole (…) cette révolution numérique ne se contente pas de modeler notre mode de vie vers plus d’information, plus de vitesse de connexion, elle nous dirige vers un état de docilité, de servitude volontaire, de transparence, dont le résultat final est la disparition de la vie privée et un renoncement irréversible à notre liberté (…) au profit d’une poignée de multinationales (…) leur intention est de transformer radicalement la société dans laquelle nous vivons et de nous rendre définitivement dépendants » et rappellent que le premier courtier en données numériques, Acxiom, détient des informations détaillées sur 700 millions de personnes !

 

Ils notent le paradoxe d’avoir des attentats en ayant tant de moyens de surveillance, démontrant qu’ils ne sont qu’un outil parmi d’autres. En outre, à chaque attentat s’ouvre la possibilité de plus de contrôles et de surveillance alors que parallèlement, Internet est devenu le propagateur du terrorisme : « premiers vecteurs à l’échelon mondial de la propagande djihadistes, les big data prétendent dans le même temps apporter l’antidote en collectant massivement du renseignement pour les agences d’Etat (…) une transaction ‘gagnant/gagnant’ ». Pour conclure, on peut ajouter qu’Internet offre un moyen d’expression et même de starification des terroristes, devenus les héros de la Djihad Académie.

 

Les auteurs rapportent une anecdote de Vincent Bolloré, qui, en sortant de l’avion à San Francisco pour rencontrer Google, avait reçu une annonce pour ses sushi préférés dans un restaurant proche de son hôtel,. Pour eux, « Apple, Microsoft, Google ou Facebook déteinnent 80% des informations personnelles numériques de l’humanité (…) le nouvel or noir ». Pour les auteurs, « nos données numériques ne nous appartiennent pas (…) c’est une partie de nous même qui nous est volée », et leurs ennemis sont les Etats, qui peuvent encore les affronter. Les auteurs notent aussi que Google a créé, avec l’accord du gouvernement, un fond dérisoire de 60 millions pour les média.

 

Pire, ils rappellent que ces entreprises sont des spécialistes de la désertion fiscale. En 2014, Facebook a ainsi versé au fisc 319167 euros pour des bénéfices estimés à 266 millions, 109 fois moins que les impôts théoriques, grâce à la domiciliation de ses profits européens en Irlande. Ils soulignent également les liens troubles et tous les intérêts croisés entre cette industrie et les Etats-Unis avec le rachat de Gemplus par un fond US lié à la CIA et dénoncent l’impérialisme des Etats-Unis et la grande passivité européenne, qui laisse faire les grandes multinationales étasuniennes sur son territoire. Plus globalement, ils dénoncent l’idéologie libertaire et hyper-avide de toute cette nouvelle économie.

 

Naturellement, se pose la question du pourquoi nous laissons faire cela. Faisant la comparaison avec 1984, les auteurs soutiennent que « la mise sous cloche (se fait) de manière beaucoup plus subtile et indolore ». Demain je reviendrai sur les conséquences de cette révolution numérique sur les individus.

 

 

Les côtés obscurs de la révolution numérique (2/2)

Par Laurent Herblay (son site)
dimanche 7 mai 2017

Aplatissement des hommes et Big Brother

 

Pour eux, l’abus de réseaux sociaux a de sinistres conséquences : « C’est comme si l’on nous avait encapsulé dans un miroir déformant qui est aussi une glace sans tain. Le reflet de la réalité est devenu, dans nos têtes, plus important que la réalité elle-même (…) Les prisonniers sont comme des pigeons qui picoreraient avec une obstination presque douloureuse des miettes de temps, poussés par l’illusion de stopper la course de Cronos ». Pour eux, le digital est un filtre qui retire une part d’humanité et consacre « l’ère du toc, l’ère du faux ». « Notre double numérique est simplifié, il subit une opération de réduction afin de pouvoir être avalé et digéré par la Matrice », standardisant le monde. Ainsi, avec les réseaux sociaux, on a parfois plus d’amis, mais potentiellement un lien plus superficiel.

 

Ils évoquent « une aliénation du branchement » où l’hyperconnexion coupe du monde réel : « les big data nourrissent ainsi notre état d’impatience (qui peut toujours être aussitôt satisfait). Dans cette folle contraction du temps, toute attente devient insupportable. Nous redevenons des adolescents, incapables de différer nos envies ». Ils notent aussi le fait que cela nous fait vivre en vase clos, uniquement avec nos semblables, alors que « sans alterité, sans confrontation à l’autre, impossible de grandir, d’évoluer ». Un monde superficiel où « le mouvement est tout et le but sans valeur ». « Le lecteur numérique est le prolongement de l’individu hyperconnecté qui, comme une abeille devenue folle, se livre à un butinage compulsif (…) la pensée s’émiette, la réflexion se fait par spasmes ». Ils racontent que dans l’école fréquentée par les dirigeants des GAFA, les enfants n’ont pas le droit aux écrans jusqu’en classe de 4ème

 

Ils notent que « la dépolitisation massive que l’on observe en Occident fait les affaires des big data qui rêvent de neutraliser le citoyen pour ne garder que le consommateur producteur de données (…) A force de ne discuter qu’avec des personnes qui nous ressemblent, le brassage d’idées tournent à vide, les esprits se ferment, les opinions se figent, Internet comme lieu de débats devient une illusion ». Ils dénoncent un monde Big Brother, entre les écoutes de la NSA et les GAFA qui savent tant sur nous. Ils citent Benjamin Franklin : « un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre et finit par perdre les deux », dénonçant ainsi « cette surveillance totale de l’être humain, une réalité qui se construit à une vitesse vertigineuse » et le risque de la fin de la vie privée.

 

Pire, les tenants du nouvel ordre digital utilisent la menace terroriste pour refuser toute vie privée, alors que seul le profit les intéresse : « si vous ne payez pas pour quelque chose, vous n’êtes pas le client, vous êtes le produit ». Ils rapportent le cas d’une compagnie d’assurance qui fait gagner de l’argent à ses assurés s’ils atteignent les objectifs fixés et contrôlés par leur bracelet connecté. Ils concluent en appellant à « protéger la sensibilité, l’intuition, l’intelligence chaotique, gage de survie (…) Sinon, nous vivrons tous irrémédiablement nus, avec ce faux sentiment d’émancipation que provoque la nudité. Les avantages proposés par les nouveaux maîtres du monde sont trop attrayants et la perte de liberté trop diffuse pour que l’individu moderne souhaite s’y opposer, pour autant qu’il en est les moyens. En revanche, nous pouvons leur faire confiance pour convaincre l’humanité qu’elle n’est pas essentielle ».

 

Mes papiers n’offrent qu’un petit aperçu de la remarquable mise en perspective de la révolution numérique par les auteurs. Je vous invite vivement à lire ce livre, qui se dévore, une véritable œuvre de salut public qui gagnerait à être lue dans les lycées, voir les collèges, pour apporter le recul nécessaire à cette évolution trop rapide que nos dirigeants et politiques laissent beaucoup trop faire.

 

 

Source : « L’homme nu – La dictature invisible du numérique », Marc Dugain et Christophe Labbé, Robert Laffont et Plon

 

 

 

Source : http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/les-cotes-obscurs-de-la-revolution-192879

 

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