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21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 20:38

 

 

Par Pierre Recarte, vice-président du CADE

Finançons des projets pour réparer la planète et non pour la détruire

Le 6ème Forum européen contre les grands projets inutiles imposés (GP2I) se tenait à Bayonne du 15 au 17 juillet. Durant trois jours, 200 militants représentant plus de 40 collectifs et associations en provenance du Royaume-Uni, d’Allemagne, d’Italie, d’Espagne, d’Hegoalde et de l’Hexagone se sont retrouvés autour d’ateliers et de conférences plénières pour débattre sur des projets inutiles, imposés et contestés.

 

Un constat unanime

Tous ces projets reposent sur les mensonges de leurs promoteurs, sont défendus par des politiques maniant des logiciels de développement périmés et imposés par des décisions allant à l’encontre de l’intérêt général.

 

En arrière-plan se profilent l’Europe et les responsables politiques nationaux aux mains de sociétés multinationales qui à travers le chantage au développement économique et à l’emploi s’octroient d’indécents profits. Business business est devenu synonyme d’intérêt général et le moteur d’une décision imposée de façon tout à fait anti-démocratique à des populations hostiles. 

 

Ce dénominateur commun est retrouvé dans des projets aussi variés qu’un aéroport à NDDL, un tunnel transalpin pour ligne ferroviaire Lyon-Turin, une gare souterraine à Stuttgart, que des LGV en Angleterre, en Italie, en Provence, dans le sud-ouest de la France ou des projets énergétiques surdimensionnés transpyrénéens (lignes à très haute tension et gazoduc géant), que les projets à Bure ou à Sivens

Une condamnation du Tribunal permanent des peuples

Ce tribunal d’opinion s’appuie sur la déclaration universelle des droits des peuples d’Alger et sur le droit international. Saisi par des collectifs de lutte contre des grands projets européens et sud-américains, cette instance reconnaît les violations des droits démocratiques de populations entières, constate que la France et l’Italie  comme l’Europe, imposent aux territoires la réalisation de « grands projets » impactant lourdement l'environnement et la qualité de vie des citoyens.

 

Cette sentence prononcée en 2015 est non contraignante mais circulera dans les sphères Onusiennes. Une large représentation des participants au Forum remettra en octobre cette sentence aux autorités européennes au Parlement de Strasbourg. La délégation sera conduite par Philippe Texier, Conseiller à la Cour de cassation en France et membre du Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies de 1987 à 2008.

 

Pour Mireille Fanon-Mendès France, juge au Tribunal permanent des peuples, présente sur le Forum : «  aujourd’hui ces projets sont des crimes économiques tout comme les crimes coloniaux d’hier ». Ils « violent les droits des populations autochtones ».

 

 

Quel legs pour les générations futures ?

La COP21 s’est achevée par des accolades, des embrassades et des yeux humides pour accréditer le message que la problématique du réchauffement climatique est en passe d’être maîtrisée.

 

Les feux de cette grand’messe médiatique éteints, on pouvait s’attendre à une éclosion de projets pour « réparer » notre planète. Au contraire, nous constatons une contradiction entre les engagements pris et la réalité des politiques nationales. Ainsi, sont encouragés à l’heure de la transition énergétique : plateformes pétrolières offshore, exploitation des gaz de schiste, prolongement de la durée de vie de centrales nucléaires, lignes  à très haute tension transpyrénéennes alors que l’Espagne est en surcapacité de 190%, construction de LGV alors que le réseau ferré est inopérant et délabré… La France est l’illustration même de cette contradiction, un pied dans la transition énergétique, l’autre dans des projets énergivores comme celui de l’aéroport de NDDL ou des LGV. Il faut changer nos habitudes de produire, de consommer, de nous déplacer… Nous n’avons pas de planète de rechange.

 

Sinon que léguerons-nous aux générations futures ? Des terres artificialisées, des villes surdimensionnées, irrespirables, des cours d’eau et des océans pollués, des déchets nucléaires enfouis, une atmosphère viciée, une planète incandescente et des dettes pour payer nos inconséquences d’aujourd’hui ?

 

Ces questions, nous ne cesserons de les poser. Nous ne nous tairons pas même si nous savons que nos responsables politiques ont fait leur, depuis longtemps, cet aphorisme d’Henri Queuille : « La politique n'est pas l'art de résoudre les problèmes, mais de faire taire ceux qui les posent. »

 

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