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24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 11:35

 

 

 

Mai 2016

Aperçu partiel du port de Bayonne (Photo ACE)

Aperçu partiel du port de Bayonne (Photo ACE)

Suite aux travaux dirigés par Louis de Foix, l’Adour a été canalisé à Bayonne en 1578. Mais le cadeau de Louis de Foix aux Bayonnais en 1578 se révélera coûteux, car à la nouvelle embouchure au droit du Boucau il y a l'Océan Atlantique... et il y a le sable ! Le fleuve a d’abord dérivé à l'intérieur de son nouvel estuaire : vers le sud de la côte d'Anglet, pour former près de la chambre d'Amour plusieurs passes sinueuses. Puis, un maudit banc de sable est très rapidement apparu, véritable haut fond en plein travers de l'estuaire lui-même : la « barre de l'Adour ».

 

Dès lors, il a fallu procéder à des endiguements de plus en plus rallongés et chercher à resserrer le fleuve entre les deux rives en repoussant l'envahissement latéral des sables, le but étant de concentrer l'effet de chasse d'eau produit par le jusant. Mais chaque fois qu'on allonge les digues, la barre se recule d'autant, et elle est toujours là !

 

Le paradoxe d’Anglet

Entre 1578 et 1892, un phénomène inattendu fut constaté par les observateurs scientifiques et ingénieurs de l’époque. Le littoral angloy, situé à la fin de la dérive littorale aquitaine, se présente comme un vrai paradoxe méridional. Alors que toute la côte Aquitaine est entrée en érosion il y a environ 2 000 ans, les plages d’Anglet ont, quant à elle, gagnées sur l’océan de 2 mètres à 4 mètres par an. Cet engraissement providentiel apporté par les sédiments charriés par l’Adour a contribué à l’avancée des terres, de près de 1 000 mètres au niveau de la Barre et au minimum de 300 mètres à la Chambre d’Amour. A tel point que des vignes ont été plantées en bordure de littoral et qu’une route pour les charrettes et carrosses a été aménagée dans le courant du XIXème siècle. L’hippodrome de la barre est construit, quant à lui, dos à la mer en 1872. Cette dérive nord sud des bancs de sable aurait également contribuée à renflouer les plages de Biarritz. La grande plage a gagné 80 mètres au XIXème siècle. Pour certains observateurs, cet engraissement aurait également permis de freiner l'érosion des falaises de cette partie de la côte, falaises qui au niveau de la Chambre d’Amour étaient balayées par les flots en 1800 avant que la mer se retire.

 

L’avènement de l’ère industrielle et le retour de l’érosion

En 1892, une nouvelle période s’ouvre pour le port de Bayonne avec l’implantation des premières industries, les Forges de l’Adour à Boucau suivie de près par les usines d’engrais chimiques de Saint-Gobain. Dès lors pour permettre le passage des bateaux de gros tonnage, les campagnes de dragage régulières démarrent pour « casser » le banc de sable qui se forme à l’embouchure. La CCI gestionnaire du Port de Bayonne depuis 1887 achète en 1895 deux dragues le Bayonne I et le Bayonne 2. Dès 1904, alors qu’une campagne record de dragage a été réalisée avec 900 000 m3 de sédiments dragués, les services hydrographiques relèvent pour la première fois le recul du trait de côte à Anglet. En Janvier 1924, une tempête exceptionnelle emporte les tribunes de l’hippodrome de la Barre. Les volumes de dragages tombent à 300 000 m3 par an.

 

A partir de 1945, les campagnes de dragage sont menées avec plus d’efficacité. En 1961, 620 000 m3 de sédiments sont dragués : le mur de soutien de la Chambre d’Amour connaît ses premières dégradations. Pour stopper la création du banc de sable à l’embouchure après 3 ans de travaux la digue de Boucau est livrée en 1965. C’est une nouvelle surprise pour les ingénieurs : l’ensablement à l’embouchure est deux fois plus rapide qu’auparavant. En 1966, après avoir dragué 715 000 m3, le mur de soutien de la Chambre d’Amour s’effondre. Dans les années 1970, le littoral d’Anglet est fortement soumis à l’érosion. Pour ralentir ce phénomène et le stopper, de lourds travaux d’enrochement et d’endiguement sont menés. A la même période, les plages sont engraissées par du sable grossier et de la madrague et les clapages côtiers démarrent. Mais "au début des années 2000, suite à des études de plusieurs experts locaux, le bilan tombe : les petits fonds devant les plages angloys s'effondrent à nouveau.

 

L’énumération des ces faits et de ces investissements hasardeux et destructeurs pour l’environnement pourrait être poursuivie à l’infini ? A-t-on tiré des enseignements de ces gestions successives ?

La drague  (Photo ACE)

La drague (Photo ACE)

Pomper plus

Aujourd’hui, la CCI dans sa nouvelle « demande d’autorisation de travaux d’entretien du Port de Bayonne » entend modifier à la hausse les volumes des sédiments dragués (pour les porter à 1025 000 m3 par an) et la fréquence des opérations. En 2013, l’achat d’une drague avait selon la CCI pour objectifs de diminuer les coûts de la sous-traitance, d’améliorer le désensablement du port permettant ainsi à des bateaux de 20 000 tonnes d’accoster plus en amont de l’estuaire et de sauvegarder les plages d’Anglet alors que la corrélation entre le volume des sédiments dragués et le recul du trait de côte semble aujourd’hui démontrée ! Déjà à l’époque le CADE du Pays Basque et du Sud des Landes (Collectif des Associations de l’Environnement) s’inquiétait de cette frénésie à vouloir draguer le fleuve, comparant les tenants de la méthode aux shadocks… Les gestionnaires du port et leurs commanditaires ont une logique d’exploitants. Quel que soit le prix à payer, ils pensent en graphiques, trafic, tonnage, compétitivité, politique de l’offre. Même pour « la filière conteneur »(3), tout doit monter ! Peu importe la nature du fleuve et du port, ils vont creuser en long, large et profondeur, et sans fin, puisqu’il semble que les sédiments rejetés en mer, ne restent pas en place. Peu importe les dégâts environnementaux avérés et à venir, il faut justifier le bilan d’activité, assurer la rente : les clapages pour le maintien du trait de côte tombent à pic (!) se sont les collectivités qui paient. C’est le retour sur investissement de l’achat de la drague qui est le maître mot.

 

Chaque dragage et chaque clapage bouleversent les écosystèmes, par remue-ménage, déplacements et essorage. Ils augmentent la turbidité, diminuent la lumière du fond, altèrent la qualité de l’eau, et ne laissent aucune chance aux espèces benthiques et démersales.  Aberration des décideurs ! En amont du fleuve d’importants engagements financiers sont faits pour des passe-à-poissons alors qu’à l’embouchure, on va sérieusement brouiller les pistes. Le demandeur n’envisage que 2 mois, juillet et août, d’interruption totale des dragages et clapages. Civelles, saumons vont-ils devoir apprendre à voler ?

 

La CCI fait le choix de claper en mer tous les sédiments qu’elle aura récolté, vases douteuses incluses. Son ambition concernant le trait de côte est de retrouver un stock sédimentaire comparable à celui des années 1990 !!!

 

Le port de Bayonne est un port artificiel : ses gestionnaires n’ont pas d’autres choix que de draguer l’Adour afin d’assurer le passage des bateaux de gros tonnage et poursuivre son développement économique. La volonté de la CCI d’augmenter les volumes de sédiments dragués et d’accroître les périodes de dragage au détriment des écosystèmes et la volonté des collectivités qui soutiennent le projet, entraînent une situation paradoxale et antinomique. Il semble en effet difficile de concilier activité touristique et activité industrielle de surcroît dans un estuaire créé par l’action de l’homme. De plus, l’histoire des dragages sur le port de Bayonne révèle que dès que la quantité des volumes dragués dépasse des records, l’érosion s’accélère sur Anglet et ceci même lorsque le sable est clapé vers les plages.  Augmenter les volumes d’extractions et les périodes de dragage contribuera à accélérer l’érosion des plages et renforcera un peu plus l’impact négatif du Port sur l’environnement en détériorant une nouvelle fois l’état écologique du fleuve et la qualité des eaux littorales. 

 

Commission eau du CADE : IDEAL, ACE, SEPANSO, Santé Environnement Pays Basque, ZIP Adour, Attac Pays Basque, Ortzadar, Mouguerre Cadre de Vie, Association Comité de soutien aux victimes de Fertiladour, Riverains du Seignanx

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