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13 novembre 2015 5 13 /11 /novembre /2015 18:49

 

 

Par Pierre Recarte vice-président du CADE

LGV GPSO : Justifier l’injustifiable : l’argumentation fallacieuse d’un ministre             et d’un président de région

 

Ce n’est pas par « opportunisme » politique, à deux mois des élections régionales, que le gouvernement a annoncé sa volonté de signer la déclaration d’utilité publique (DUP) pour les lignes à grande vitesse (LGV) Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax. Voilà ce que déclare Alain Vidalies, secrétaire d’Etat aux transports, en marge du forum du corridor atlantique, le 28 octobre dernier à Bordeaux

 

Non bien sûr, c’était une pure coïncidence !    

                                                

Démocratie participative : attention danger.

Pour se prononcer, le ministère attendait soit disant le mémoire de SNCF Réseau[1] en réponse aux interrogations de la commission d’enquête publique. Celui-ci date du 15 juin, n’apporte aucun élément nouveau  reprenant sur une cinquantaine de pages les réponses déjà données par le maître d’ouvrage lors de l’enquête. Quant aux autres études, elles datent de juillet et août et se résument à 200 pages avec de nombreuses redites.

 

Le gouvernement assure qu’il a fondé sur ces études « sa volonté de passer outre l’avis négatif » de la commission. Mais pourquoi ces études soit disant déterminantes n’ont-elles pas été réalisées avant l’enquête publique ?

 

N’allez pas accuser nos responsables politiques de déni démocratique ou de passage en force, Alain Vidalies estime qu’il n’y a « qu’une seule expression démocratique : le vote » et que 80% des élus sont favorables au GPSO.

 

80% d’élus favorables au GPSO, un chiffre sans fondement, peut être lu dans une boule de cristal !

 

Il nous faut donc admettre que les enquêtes publiques ne servent à rien puisqu’en dernier ressort ce sont les élus qui décident. Le secrétaire d’Etat qualifie même de « dangereuse » l’opinion selon laquelle la démocratie pourrait passer ailleurs que par les urnes.

 

Curieuse opinion à l’heure où le Président de la République et la ministre de l’Ecologie nous rebattent les oreilles avec la « démocratie participative » !

 

Recours aux arguments fallacieux

Dans une interview [2]donnée à « 20 Minutes », Alain Rousset affirme : « Aujourd’hui il faut 8 heures pour relier Bordeaux à Bilbao en train, la nouvelle LGV ferait passer ce trajet à 1h40 ! Pour Madrid il faut 12h à 14h, demain il faudra 4h40. La vraie révolution des temps c’est vers le sud. »

 

Il se garde bien de préciser que l’essentiel des gains de temps est assuré par l’Y basque (réseau à 220km/h) et non par une future LGV au départ de Bordeaux. Ou l’art d’escamoter la vérité !

 

Mais son leitmotiv favori demeure : « si l’on veut sortir les camions de l’ancienne Nationale 10, cela passe par une nouvelle voie SNCF ». Ainsi, pour développer le fret ferroviaire avec l’Espagne une deuxième ligne serait, selon lui, indispensable car seulement « 2,5 % des marchandises circulent par train, contre 15 à 25 % sur les axes franco-allemand et franco-suisse. »[3]

 

Rappelons que la mise en service en France de la LGV Est en juin 2007 n’a pas enrayé la baisse de 24,6%, du fret ferroviaire entre 2007 et 2013, due principalement au transport international (-33%) alors que le transport national reculait de 19%.

 

Depuis 2000, le fret ferroviaire subit une érosion et perd des parts de marché au profit de la route. Cette part est passée de plus de 15 % en 2000 sous la barre des 10% en 2013 et en Espagne, elle plafonnait à 4,8% en 2012. Triste constat que nous   déplorons !

 

Alors que le trafic s’effondrait en France de 2002 à 2013, l'Allemagne dans le même temps, voyait son trafic progresser de 43%[4] ! L’Espagne, avec 15 000 km de voies qui ne sont pas à l’écartement UIC, se situe en 3ème position derrière l’Irlande et La Grèce comme le pays européen utilisant le moins le ferroviaire comme mode de transport de ses marchandises.

 

Les causes du déclin du fret ferroviaire français sont clairement identifiées et résultent selon le CGEDD  « d'une combinaison complexe de facteurs économiques, logistiques et industriels parmi lesquels la fiabilité du service de transport, la qualité des sillons et l'équilibre des priorités marchandises/voyageurs » et de l’abandon du « wagon isolé ».

 

La ligne actuelle est loin d’être saturée, ce n’est pas la construction d’une LGV qui remettra le fret sur les rails. Oser l’affirmer s’est se moquer de ses concitoyens.

 

Lucides, Yves Crozet[5]  dénonce avec raison « une annonce électoraliste » et Gilles Savary, député PS de la Gironde, « un arbitrage  qui intervient alors que le système ferroviaire français ne cesse de creuser son endettement, établi à ce jour à 44 millions d’euros et qu’aucune solution alternative n’a été envisagée ».

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