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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 18:10

 

 

Publié le 06/10/2015 à 09h38, modifié le 06/10/2015 à 09h38 par Emmanuelle Fère

 

Trois associations ont déposé plainte contre la Course des Crêtes et Espelette

La Course des Crêtes attire des milliers de participants, chaque été, sur les pentes du Mondarrain ©  Archives jean-daniel chopin

La Course des Crêtes attire des milliers de participants, chaque été, sur les pentes du Mondarrain © Archives jean-daniel chopin

 

Gabriel Etchart, organisateur de la Course des Crêtes; Jean-Marie Iputcha, maire d'Espelette, et Patrick Deverchère, entrepreneur de travaux publics, seront convoqués devant le tribunal correctionnel en 2016. Ce ne sont pas des bandits de grand chemin. Ils comparaîtront pour des délits somme toute mineurs, relatifs à l'aménagement d'un sentier, avant l'édition 2014 de la manifestation pédestre qui se tient, depuis quarante ans, sur les pentes du Mondarrain.

 

Mais le dossier, issu de la plainte déposée de façon solidaire par trois associations de défense de l'environnement - le Cade (Collectif des associations de défense de l'environnement), la Sepanso (Société pour l'étude, la protection et l'aménagement de la nature dans le Sud-Ouest) et Aunamendi - est le signe d'inquiétudes grandissantes sur la montagne basque.

 

Contre la "rentabilisation à l'excès"

Outre le dossier de la Course des Crêtes, le Collectif des associations de défense de l’environnement (Cade) est attentif à de multiples activités humaines qui pourraient perturber la montagne basque.

 

Son président, Victor Pachon, dénonce l’exploitation à son sens outrancière de certains sites et activités. « La Rhune voit passer plus de 350 000 visiteurs par an et l’exploitant du Petit Train nous dit que ce n’est pas suffisant. Nous répondons : pourquoi pousser le mouvement de fréquentation à l’extrême ? Il y aura toujours plus de piétinements. »

 

Selon Victor Pachon, le Cade peut se targuer d’avoir contribué à réguler les activités de rafting sur la Nive. « Nous avions l’impression que la Nive était devenue un grand terrain de jeu, au détriment des poissons qui y frayent et des pêcheurs. Aujourd’hui, nous sommes heureux que cela se soit arrangé. Le conflit a été désamorcé. Lorsque l’on découvre une activité, il ne faut pas la pousser jusqu’au déséquilibre du milieu. »

 

Désormais, le péril viendrait de la pratique du quad dans des secteurs de montagne. « Parallèlement aux courses pédestres, nous voyons arriver les quads, qui sont très destructeurs. Ceux-ci sont interdits, mais il y a des gens qui rêvent de ‘’rentabiliser’’ toujours plus la nature. J’ai vu passer une publicité de quad avec en fond la photo du Mondarrain. Il y a des gens qui en rêvent. Qu’ils le pratiquent sur des terrains privés, cela ne me dérange pas. Nous restons attentifs. Les randonneurs et les paysans sont sensibilisés, et nous renseignent. »

 

Au fil des années, le Cade a constaté qu’alerter, parfois par voie de presse, sur « certains thèmes », ne suffisait plus. Aussi, l’association a créé une commission montagne pour instruire ces questions pointues. « Il s’agit d’un terrain sur lequel nous avons mis en place un dispositif car nous avons le sentiment que nous sommes à la veille de bouleversements. Nous percevons que les zones Natura 2000 énervent beaucoup. Nous ressentons des offensives européennes car ces zones sont des obstacles à l’urbanisation et à la rentabilisation. »

 

Le Cade inaugure aussi une commission juridique pour mener le combat de l’alerte, jusqu’au procès. « En cheminant, on élargit la palette. »

 

Ses pics d'affluence et une forme de consommation de zones classées sont désormais dénoncés. Le litige autour de la Course des Crêtes a lui pour origine des travaux réalisés à l'été 2014 avec un engin de travaux publics, par une société de terrassement sur la commune d'Espelette.

 

Drosera, tourbière et eau

« Un chemin a été transformé en piste. Les travaux ont été faits dans une zone classée Natura 2000. Nous avons alerté l'Office national de la chasse et de la faune Sauvage (ONCFS). La plainte a été jugée recevable », explique Beñat Auriol, de l'association Aunamendi, des « amoureux de la montagne », organisant marches et escalades. De fait, les agents de l'ONCFS se sont rendus à Espelette pour constater les éventuels dégâts subis par l'environnement et ils ont entendu les personnes visées par la plainte.

 

Le procès-verbal transmis au parquet de Bayonne fait état, pour « la création et l'agrandissement d'une piste », de la destruction de la drosera à feuilles rondes (Drosera rotundifolia), soit une plante carnivore et médicinale utilisée en homéopathie. Surtout, l'espèce est protégée sur l'ensemble du territoire national.

 

« Tous ceux qui courent sont amoureux de la montagne. La Course des Crêtes existe depuis quarante ans. Vous en voyez des traces sur le Mondarrain ? »

 

L'ONCFS relève aussi la destruction de tourbières, le milieu de vie de cette drosera, ainsi que d'un petit cours d'eau. Enfin, outre ces éléments que d'aucuns pourront considérer comme bucoliques et annexes, les travaux ont été effectués sans évaluation de l'impact sur le milieu, et sans accord des autorités compétentes : DDTM (Direction départementale des territoires et de la mer) et Dreal (Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement d'Aquitaine), a relevé le parquet, décidant de poursuivre.

 

« Une grosse pression »

La date d'audience du dossier n'est pas encore fixée. Mais chaque partie tient ses arguments prêts. Gabriel Etchart, président de l'association Napurrak, qui organise la course pédestre et ses divers parcours - de 7 km à 26 km - pour quelque 5 000 participants, argue de l'ancienneté de la piste. « Elle était déjà existante. Nous n'avons fait que la retracer. » L'Espelettard avance également la raison de la sécurité « pour éviter les drames ». La piste permettant un accès plus rapide et plus pratique pour les secours, dont les pompiers, selon lui.

 

Argument repris par le maire d'Espelette, Jean-Marie Iputcha. « M. Etchart m'avait demandé de faire un accès pour les secours. On ne voit plus rien. L'herbe a repoussé. C'est beaucoup de bruit pour peu de chose. Je suis un fervent défenseur de la montagne. J'y pratique beaucoup de courses », assure le maire. « Tous ceux qui courent sont amoureux de la montagne. La Course des Crêtes existe depuis quarante ans. Vous en voyez des traces sur le Mondarrain ? »

 

À propos de ses contradicteurs, l'édile lance : « Ce sont des gens qui n'aiment pas les courses de montagne. » Victor Pachon, président du Cade, précise, comme en retour :

« Nous n'avons pas d'hostilité à l'égard des événements sportifs en montagne. Il s'agit simplement de les modérer et de les encadrer. Nous ne voulons pas passer pour des intégristes, mais pour des modérateurs. On sent venir une grosse pression sur la montagne basque de façon générale. C'est un milieu fragile. Par endroits, certains sentiers n'arrivent plus à se régénérer. Les organisateurs d'événements en montagne font des efforts pour ramasser les déchets, mais quand la fréquentation est trop importante, on peut toujours craindre des effets collatéraux. »

 

(1) 

Trois questions à Patrick Dalennes, sous-préfet de Bayonne

 Quelles sont les obligations faites aux organisateurs d’événements en montagne ?

Lorsqu’une manifestation sportive est programmée, son organisateur doit déterminer si celle-ci concerne une zone Natura 2000 (sites naturels de l’Union européenne dont la faune et la flore ont une valeur patrimoniale et bénéficiant d’un régime d’autorisation administrative particulier, NDLR) et effectuer une évaluation des incidences. Si la manifestation peut avoir des effets négatifs sur le milieu, des mesures doivent être prises pour les empêcher : mesures de mise en défense de zones, de modification des horaires, de tracés ou de période, de pose de clôture, de ramassage des déchets, etc. Les zones Natura 2000 cherchent la compatibilité entre les activités humaines et la protection de l’environnement, dont certaines peuvent préexister à la création de ces zones. Ainsi, le Petit Train de la Rhune, créé en 1920. Il faut savoir que tous les ans, la Direction départementale des territoires et de la mer examine 25 dossiers pour l’organisation de manifestations avec des véhicules terrestres à moteurs, avec entre 100 et 400 participants, et soumises à autorisation.

 

Les organisateurs de la Course des Crêtes étaient-ils en conformité ?

La Course des Crêtes faisait l’objet d’une procédure simplifiée, avec avis favorable, à condition de mettre en protection les espèces protégées, mais le reprofilage du terrain n’était pas mentionné. À l’époque, j’ai adressé un courrier au maire d’Espelette. Celui-ci avait répondu que les travaux n’avaient pas fait l’objet d’une autorisation de la commune. Cela aurait été aux services de l’État de délivrer cet agrément, mais je ne pense pas que l’on aurait autorisé ces travaux.

 

L’argument de la sécurité est invoqué dans le dossier de la Course des Crêtes.

L’organisateur d’une manifestation sportive ne peut pas invoquer une raison de sécurité pour s’affranchir de la protection des zones Natura 2000.

 

 

Source : http://www.sudouest.fr/2015/10/06/alerte-sur-la-mont-agne-basquecontre-la-rentabilisation-a-l-exces-2145872-4018.php

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