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6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 17:42
Groupe Nucléaire et Santé

Nous sommes un groupe de professionnels de la santé souhaitant résumer et diffuser des informations qui sont souvent, dans le domaine du nucléaire, complexes ou présentées intentionnellement comme complexes, et, de ce fait, échappent au débat public. Dans cet objectif, nous avons l’ambition de discuter, rédiger et actualiser des Fiches « Nucléaire et Santé » sous une forme à la fois succincte, accessible au grand public, et solidement référencée sur le plan scientifique. Cette démarche s'inscrit dans le cadre de l'Appel du 26 avril à arrêter sans plus tarder la poursuite de la contamination radioactive de la planète.

 

Fiche N° 1 Radioactivité naturelle

 

Par Françoise Boman Médecin spécialiste en Anatomie et cytologie pathologiques Professeur de médecine - Praticien hospitalier

 

Comme la radioactivité d’origine industrielle, la radioactivité naturelle expose les plantes, les animaux et les hommes à des rayonnements ionisants néfastes pour la santé et pour la vie. L’utilisation de radionucléides naturels par les industries nucléaires militaires et civiles est la source d’une quantité colossale de radionucléides artificiels, responsables d’une contamination radioactive croissante de la planète.

 

L’âge de la Terre est estimé à 4,5 milliards d’années. La radioactivité naturelle provenant de l’uranium et du thorium présents dans le globe terrestre diminue très lentement au fil des temps géologiques. Les premières espèces du genre Homo sont apparues voilà 2,5 millions d’années, vraisemblablement. Les humains anatomiquement modernes sont apparus voilà 50 000 ans1.

 

La radioactivité naturelle qui persiste aujourd’hui à la surface de la Terre correspond pour une petite part aux rayons cosmiques, surtout en haute altitude, et pour la plus grande part à des radioéléments, en premier lieu le radon, avec de fortes disparités géographiques. Le radon provient du radium, dérivé extrêmement radioactif de l’uranium. Le radon est un gaz radioactif lourd issu de roches. Il est surtout abondant dans des régions granitiques comme en France la Bretagne, le Limousin, la Corse. Il tend à s’accumuler dans les caves et les sous-sols des maisons. Le radon favorise notamment l’apparition de cancers du poumon chez les mineurs, et, à un moindre degré, dans la population générale.

 

Comme l’uranium et le radium, le gaz radon et ses descendants radioactifs non gazeux émettent des rayonnements alpha, qui sont des particules peu pénétrantes à très fort pouvoir d’impact. D’origine externe, elles sont arrêtées par la peau, qu’elles altèrent. Les particules alpha inhalées ou ingérées provoquent de très graves dégâts à l’intérieur de l’organisme.

 

Les radioéléments naturels exploités par l’industrie sont essentiellement l’uranium et, à un moindre degré, le thorium. L’uranium est un métal lourd. Il est beaucoup moins abondant et plus radioactif que le thorium. Il est dit naturel quand il est constitué d'isotopes dans leur proportion d'origine, principalement 99,3% d’uranium 238 et 0,7% d’uranium 235. L’uranium 235 est un isotope fissile émettant des particules alpha. De plus, des radionucléides provenant de la désintégration de l’uranium 238  émettent des rayonnements gamma, qui sont capables de traverser le corps humain.

 

Des gisements d’uranium sont situés notamment en Australie, au Kazakhstan, en Russie, en Afrique du Sud, au Canada. En France, des mines d’uranium ont été exploitées dans le Limousin et dans le Languedoc2. L’uranium enrichi (en uranium 235) est utilisé sur tous les continents à des fins militaires et civiles. Les munitions à l’'uranium appauvri (en uranium 235) ou à déchets radioactifs actiniques ont été utilisées dans les Balkans, en Irak et en Afghanistan2.

 

L’exploitation des gisements d’uranium et la fabrication de yellow cake à partir du minerai sont la source d’une forte contamination radioactive d’une part externe, d’autre part interne par le radon (inhalation) et par les poussières radioactives (inhalation et ingestion). La contamination radioactive qui en résulte favorise la survenue de pathologies telles que des cancers, des troubles de la reproduction et des malformations congénitales2.

 

Le carbone 14 est présent à l’état naturel dans les plantes, les animaux et les hommes. Il émet des particules bêta, qui sont des rayonnements plus pénétrants mais moins ionisants que les particules alpha. Comme le potassium 40, le carbone 14 est une source naturelle de radioactivité du corps humain compatible avec la vie. C’est en quantités massives que le carbone 14 est généré industriellement et rejeté dans l’environnement, au point de fausser les résultats des techniques de datation fondées sur lui. Le tritium est un gaz radioactif qui peut s’incorporer à l’eau. Rare à l’état naturel, il est massivement généré et rejeté par l’industrie.

 

Conclusions : 1. L’exploitation industrielle des gisements naturels d’uranium et de thorium a des effets néfastes  pour la santé et pour la vie. 2. L’arrêt de cette exploitation est un premier pas nécessaire vers l’arrêt de la poursuite de la contamination radioactive de la planète.

 

1. Jean-Jacques Hublin. Paléoanthropologie du genre Homo. Conférence inaugurale. Collège de France, Paris, 8 octobre 2014

2.  Jean-Marie Pruvost-Beaurain. Abolir le nucléaire civil et militaire. Terre d’espérance, Paris, 2012 "C’est paisible ici, ça peut pas être pire ». 

 

Citation  Bruno Boussagol

 

Fiche N° 2 Faibles doses 

 

Par Françoise Boman Médecin spécialiste en Anatomie et cytologie pathologiques Professeur de médecine - Praticien hospitalier

 

La pollution générée par les industries nucléaires militaires et civiles est inhérente à ces industries, définitive, et planétaire. Cette pollution hétérogène et mouvante soumet l’ensemble des habitants de la Terre à une contamination radioactive croissante. À doses si faibles soient-elles, les rayonnements ionisants ont des effets délétères sur la santé et sur la vie.

 

Des radionucléides ont été créés en quantités colossales depuis le démarrage du premier réacteur aux États-Unis en 1943, et continuent de l’être aujourd’hui. Ils contaminent la Terre de façon croissante au fil des explosions militaires, des accidents, des incidents et des fuites qui accompagnent inévitablement l’industrie nucléaire y compris en fonctionnement « normal ».

 

Les industries nucléaires génèrent des centaines de radionucléides différents, qui se transforment au fil du temps. Certains radionucléides ne restent actifs « que » pendant quelques jours ; d’autres le restent pendant des millions d’années.

 

Quel que soit le lieu initial de leur libération dans l’air, l’eau ou le sol, les particules radioactives circulent en fonction des vents, des courants marins, des cycles de végétation. Elles diffusent dans les sols, les plantes, les cours d’eau, les nappes phréatiques, les lacs, les mers, les océans. Elles sont inhalées et ingérées par les animaux, et par les hommes. Elles peuvent être excrétées dans les urines et dans les selles, ou rester dans les tissus.

 

La radioactivité d’origine industrielle s’ajoute à la radioactivité naturelle, qui décroit très lentement depuis l’aube des temps. L’augmentation de la radioactivité à la surface de la planète est avérée malgré les difficultés de mesure liées notamment à l’hétérogénéité géographique et au caractère mouvant de la pollution nucléaire. Cette augmentation  pourrait être en partie responsable de l’ « épidémie » actuelle de cancers et de maladies chroniques. Ce qu’on sait et connaît sur le plan biologique et médical1,2,3 permet de reconnaître et de comprendre les effets néfastes des rayonnements ionisants sur la santé et sur la vie.

 

On sait qu’il n’existe pas de dose de rayonnements ionisants qui soit inoffensive pour les organismes vivants qu’ils traversent1 : humains, animaux, plantes. Leurs différents types, par définition, ne peuvent qu’abîmer les constituants microscopiques qui permettent aux cellules, aux tissus et aux organes de fonctionner correctement. L’organisme se répare, mais imparfaitement. Le mal est fait, et sournoisement fait : les pathologies mettent souvent des années à se manifester.

 

On connaît les anomalies et pathologies très variées résultant d’une exposition prolongée aux rayonnements ionisants par contamination externe et/ou interne2,3  : cancers survenant à un âge précoce, troubles de l’immunité, maladies chroniques notamment cardio-vasculaires, endocriniennes, neurologiques, troubles de la vue, détérioration intellectuelle, vieillissement prématuré, troubles de la reproduction pouvant aller jusqu’à la stérilité, malformations congénitales, maladies génétiques transmissibles aux générations suivantes. 

 

Conclusions :

1.    Toute exposition à des rayonnements ionisants cause des dommages biologiques.

2.    Cesser d’aggraver la contamination radioactive de la Terre est la seule issue.

 

 

1.    National Research Council of the National Academies. BEIR (Biological Effects of Ionizing Radiation) VII – Phase 2. Health risks from exposure to low levels of ionizing radiation. The National Academies Press, Washington DC, 2006. http://www.nap.edu/catalog/11340/health-risks-from-exposure-to-low-levels-of-ionizing-radiation.

2.    Busby C, et al., au nom du Comité Européen sur le Risque de l’Irradiation (CERI).  Recommandations 2003 du Comité Européen sur le Risque de l’Irradiation. Frison-Roche, Paris, 2004 [2003 Recommendations of the European Committee on Radiation Risk par The European Committee on Radiation Risk, 2003].

3.Yablokov AV, Nesterenko VB, Nesterenko AV, Preobrajenskaya NE. Tchernobyl : conséquences de la catastrophe sur la population et l’environnement. http://independentwho.org/media/Documents_Autres/Tchernobyl_Consequences_de_la_catastrophe_sur_la_population_et_l_environnement_V01PDF.pdf [Yablokov AV, Nesterenko VB, Nesterenko AV. Chernobyl consequences of the catastrophe for people and the environment. Annals of the New York Academy of Sciences, vol. 1181, 2011

 

 

Source : Bulletin d’information de « Brut de béton production » N°29 Août 2015

 

 

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