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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 18:02
LGV : Jean Auroux joue les pompiers pyromanes

2 juin 2015 | par Marc Fressoz

 

Alors qu'il est chargé de ramener les élus locaux à la raison sur les dessertes de la ligne Sud Europe Atlantique, l'ex-ministre Jean Auroux joue les pompiers pyromanes sur un autre dossier. Celui-ci estime que la LGV Paris-Orléans-Clermont-Lyon doit "être le prochain chantier de la SNCF“. Au risque de ruiner tous les efforts du gouvernement pour sevrer le pays du tout TGV.

 

Voilà une prise de position qui risque peut-être de faire regretter à la SNCF d’avoir choisi Jean Auroux pour jouer les arbitres entre la compagnie ferroviaire et les élus locaux dans le dossier hyper sensible des futures dessertes de la LGV Sud Europe Atlantique. Rappelons que près d'une soixantaine de collectivités ont co-financé la première phase Tours-Bordeaux. Quand elles n'ont pas renoncé à verser leur écot, elles exigent en échange un niveau de desserte élevé qui mettrait gravement en péril les finances de la SNCF tant les péages prévus par le concessionnaire Lisea sont élevés. Et celles qui sont situées au sud de Bordeaux exigent la réalisation dans la foulée de la seconde phase Bordeaux-Toulouse. 

 

Or, l'ancien maire de Roanne (de 1977 à 2001) qui a aussi été ministre des Transports sous François Mitterrand (1985-1986) conserve les réflexes pavloviens de l'élu attaché à son territoire qui défend l’intérêt particulier par-delà l’intérêt général. Ainsi, dans une interview donnée au quotidien le Progrès du 26 mai 2015, Jean Auroux contribue à relancer la course aux lignes à grande vitesse ainsi que la compétition entre territoires et entre élus de France. Car selon lui, "le prochain chantier de la SNCF est la ligne à grande vitesse via Roanne".

 

Un activisme d'élu local

Jean Auroux profite à plein de son rôle de médiateur pour faire un lobbying pro domo dans l'espoir de faire remonter le Paris-Orléans-Clermont-Lyon (POCL) dans la longue liste des LGV à construire. Ce projet a été renvoyé aux Calendes grecques - après 2030 - par la commission Duron I en raison notamment de son coût record : près de 13 milliards d'euros quand SEA première phase en coûte 8. L'ex-élu PS ne cache pas son activisme. "Je ne passe pas ma vie avec les dirigeants pour ne parler que de SEA, prévient-il. Je vois les dirigeants tous les jours. Ils savent que je défends et que j'appuie ce dossier. La ligne POCL concernera le Sud-est et l'Europe du sud."

 

Certes, Jean Auroux convient qu'il existe des obstacles. “Le seul problème, c'est qu'on a plus de sous. Tout le monde court après l'argent", constate-t-il. Mais le principe de réalité est vite évacué. “Néanmoins, cette ligne est importante pour l'aménagement du territoire et doit être connectée avec le réseau européen (Londres, Bruxelles, Strasbourg, l'Allemagne)."

 

Des commentaires embarrassés

Bref de quoi ruiner tous les efforts pédagogiques des pouvoirs publics qui essaient de réorienter leur politique vers les trains du quotidien en mettant un coup de frein au tout TGV.  Dans l'entourage du secrétaire d'État aux transports Alain Vidalies qui n'avait visiblement pas eu vent de cette interview au Progrès, on s'en tient à répondre "pas de commentaires" qui en dit long. 

 

Chez SNCF Réseau, on rappelle que "la prochaine ligne à construire est logiquement Tours-Bordeaux tandis que le POCL n'est pas prioritaire". 

 

Lisea, le concessionnaire de Tours Bordeaux, redoute que les propositions de Jean Auroux sur le niveau de desserte de SEA soient affaiblies par l'intérêt particulier que l'ex-maire de Roanne manifeste dans un autre dossier de LGV.

 

Un double langage

Reste que si les pouvoirs publics déplorent la sortie de Jean Auroux, ils n'y sont pas pour rien. Car les signaux envoyés par l'État tiennent du double discours qui entretient la schizophrénie des élus. Si dans la foulée du rapport Duron I, l'exécutif renonce à certaines lignes, sur le terrain la machine administrative continue de dérouler le rouleau compresseur de procédures menant presqu'à tous les coups - même dans le cas de Poitiers-Limoges - à la déclaration d'utilité publique. Ce qui est incompréhensible pour le citoyen.

 

Mais il faut maintenir le feu doux sous la casserole des projets de LGV : d'une part, pour éviter d'avoir à recommencer les procédures à zéro, et d'autre part, pour geler les terrains où passera un jour la ligne. C'est ainsi que sur le projet POCL, les arbitrages battent leur plein concernant les consultations sur le tracé. Celui médian, par Roanne, tient la corde. SNCF Réseau devrait officialiser le tracé définitif cet automne avant de lancer les études préalables à la déclaration d'utilité publique.

 

Dans ces circonstances particulières, Jean Auroux, vous êtes excusé ! 

 

Source : http://www.mobilicites.com/011-3796-Jean-Auroux-plaide-pour-la-realisation-de-la-LGV-Paris-Clermond.html

 

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